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05/02/2016 02:02 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

Des milliers de Syriens fuyant l'assaut d'Alep bloqués à la frontière turque

Des milliers de civils étaient bloqués vendredi près de la frontière turque après avoir fui l'offensive du régime soutenu par l'allié russe dans la province d'Alep, un nouveau drame humanitaire en Syrie où le conflit doit faire l'objet de nouvelles consultations à l'ONU.

Sous la couverture des avions de combat russes qui ont mené près d'un millier de raids depuis le début de l'offensive lundi dans cette province du nord, l'armée a repris aux rebelles une nouvelle localité, Rityane, resserrant davantage l'étau autour du chef-lieu éponyme.

Et dans le sud du pays et toujours avec l'appui d'intenses frappes russes, de l'aide du Hezbollah libanais et de miliciens syriens et étrangers, elle s'est emparée d'une nouvelle localité clé, Atmane, dans la province de Deraa, berceau de la révolte qui a éclaté en 2011 avant de se transformer en guerre complexe.

Face aux succès du régime enregistrés après la décision de Moscou de venir en aide à son allié Bachar al-Assad, les rebelles syriens se trouvent dans ce qui pourrait être leur pire moment depuis le début du conflit, la province d'Alep étant l'un de leurs principaux fiefs dans un pays morcelé entre régime, rébellion et groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Si les défaites se poursuivaient, cela pourrait marquer le début de la fin de la rébellion non jihadiste en Syrie, estiment des analystes.

Mais ce sont surtout les civils qui continuent de payer le prix lourd alors que la situation humanitaire en Syrie est catastrophique.

Fuyant l'offensive et les raids, quelque 40.000 habitants de la province d'Alep ont pris la route de l'exode en direction de la frontière turque.

- 'Où êtes-vous ?' -

Une vidéo diffusée par des militants sur internet montre des centaines de personnes, dont beaucoup d'enfants, se diriger vers un poste-frontière turc. Elles portent sur le dos des sacs en plastique, d'autres semblent être parties sans rien.

"Nous avons été chassés de nos maisons à cause de la Russie, de l'Iran et de Bachar, du Hezbollah", affirme un enfant dans la vidéo. "Nous demandons au (président turc Recep Tayyip) Erdogan de nous laisser entrer sur son territoire".

"Où êtes-vous, Turquie, Arabie saoudite, Qatar? Où êtes vous musulmans pour nous aider?", s'exclame un homme avec colère, en référence aux pays soutenant la rébellion.

Des milliers de personnes sont sans abri près de la frontière mais aussi dans plusieurs localités tenues par les rebelles, dormant dans les champs.

Vendredi, la frontière entre la Turquie et la Syrie était fermée au sud de la ville turque de Kilis (sud), alors que des milliers de personnes étaient massées, selon Ankara, côté syrien.

Selon un journaliste de l'AFP, la situation était calme au poste-frontière turc d'Oncupinar (appelé Bab al-Salama côté syrien), où aucune entrée ou sortie du territoire turc n'était autorisée pour le moment.

- 'Le monde se tait' -

La Turquie, qui accueille déjà quelque 2,5 millions de Syriens sur son sol, a accusé les "complices" russes de Damas de "crimes de guerre".

"Environ 10.000 personnes venues d'Alep attendent aujourd'hui à la frontière pour entrer en Turquie. Les Russes bombardent sans répit, le régime bombarde sans répit. Mais le monde se tait", a déploré le président turc.

Avec la progression du régime, les rebelles et quelques centaines de civils dans les quartiers Est de la ville d'Alep pourraient se retrouver prochainement asphyxiés, leur principale route d'approvisionnement vers la Turquie ayant été coupée mercredi.

Le régime contrôle les quartiers ouest de la ville, la deuxième du pays, et les rebelles les quartiers est depuis 2012.

"Le régime commence à récolter les fruits de la campagne russe et son avancée à Alep est d'autant plus importante qu'il a encaissé revers après revers ces deux dernières années", affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Quelques heures après la percée du régime à Alep, les pourparlers indirects à Genève qui n'avaient même pas démarré entre régime et opposition ont été reportées par le médiateur de l'ONU Staffan de Mistura au 25 février.

Ce dernier doit rendre compte plus tard dans la journée au Conseil de sécurité de sa décision d'ajourner ces discussions qui ont douché les fragiles espoirs d'une esquisse d'une solution.

Les Occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ainsi que l'Otan ont accusé Moscou de miner les efforts pour un règlement politique du conflit qui a fait plus de 260.000 morts et jeté plus de la moitié de la population hors de chez elle.

Et dans une possible nouvelle aggravation du conflit, Moscou a affirmé avoir "de sérieuses raisons" de croire que la Turquie prépare une "intervention militaire" en Syrie.

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