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05/02/2016 02:56 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

Amnistie internationale dénonce l'état d'urgence en France

PARIS — Les mesures d'urgence adoptées par le gouvernement français en réaction aux attentats terroristes du 13 novembre, et notamment l'état d'urgence en vigueur depuis trois mois que les dirigeants souhaitent maintenant prolonger, constituent une réaction «démesurée», a estimé jeudi Amnistie internationale.

La police française a arrêté des centaines de suspects et fouillé plus de 3000 résidences en vertu des pouvoirs spéciaux dont elle dispose depuis les attaques qui ont fait 130 morts. Toutefois, la plupart des arrestations concernent des infractions liées à la drogue ou des incidents similaires, et n'ont rien à voir avec le terrorisme.

Amnistie internationale indique dans un rapport que la majorité des 60 personnes qu'elle a rencontrées ont expliqué que les pouvoirs policiers ont été exercés avec peu ou pas d'explications, et parfois avec une force excessive. Cela a parfois mené à des pertes d'emploi, à de l'anxiété et à des enfants apeurés.

Le directeur de l'organisation en Europe et en Asie centrale, John Dalhuisen, a dénoncé de multiples violations des droits de la personne. Il a ajouté que les dirigeants français pourraient difficilement prétendre que cela représente une réponse proportionnelle à l'importance de la menace.

Le président français François Hollande a déclaré la semaine dernière que les perquisitions d'urgence menées par la police ont mené à 25 accusations pour terrorisme.

Au total, 3289 perquisitions policières ont débouché sur 571 enquêtes judiciaires, dont plus de 400 pour possession de drogue ou d'armes illégales, selon le ministère de la Justice. D'autres ont permis de retrouver des biens volés ou de contrebande, et quelque 300 suspects sont toujours assignés à domicile.

Au moins 20 personnes ont porté plainte après avoir été ciblées par ces perquisitions.

«J'ai vu des personnes âgées être maltraitées. J'ai vu un vieil homme qui a eu quatre dents cassées pendant une perquisition parce qu'il a été violemment jeté au sol par la police. J'ai vu des enfants terrifiés par des perquisitions en pleine nuit. J'ai vu des femmes, dont certaines enceintes, souffrir de stress post-traumatique, qui ont perdu le sommeil», a dit l'avocat Arié Alimi.

Certaines personnes ont choisi de déménager, par crainte de la réaction de leurs voisins, a-t-il ajouté.

«L'état d'urgence est efficace, indispensable pour la sécurité de nos compatriotes, a martelé vendredi le premier ministre Manuel Valls, lors d'un discours devant la chambre basse du Parlement. Les réseaux terroristes sont déstabilisés et plusieurs individus sont sous surveillance.»

Il a ensuite ajouté que «l'application de l'état d'urgence n'affecte en rien le débat démocratique. Tous les journalistes du pays peuvent pratiquer leur profession librement. Des élections régionales ont été organisées trois semaines après les attaques. Le droit de manifester n'est aucunement limité.»

Une autre loi gouvernementale déposée cette semaine accorderait de nouveaux pouvoirs permanents aux policiers. Les perquisitions nocturnes seraient simplifiées, tout comme les fouilles de sacs et de véhicules «suspects» à proximité des sites et édifices jugés «sensibles». La police pourrait aussi détenir pendant quatre heures un suspect pendant qu'on vérifie son identité.

La loi permettrait au gouvernement de révoquer la citoyenneté française aux terroristes qui détiennent une double nationalité. La mesure est toutefois très controversée et a provoqué la démission de la ministre de la Justice la semaine dernière.