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05/02/2016 10:34 EST | Actualisé 05/02/2016 10:35 EST

Affaire Marcel Aubut: Jean-Luc Brassard pourrait démissionner

PC

Le chef de mission de la délégation canadienne aux Jeux olympiques de Rio, Jean-Luc Brassard, a pensé remettre sa démission dans la foulée de l'affaire Marcel Aubut, possibilité qu'il envisage encore s'il n'est pas satisfait de la façon dont le Comité olympique canadien (COC) répondra aux allégations de harcèlement reprochées à son ancien président.

En entrevue à Gravel le matin, vendredi, Jean-Luc Brassard a confié souffrir personnellement de l'affaire Marcel Aubut et du lourd climat qui s'est installé au COC après la démission de ce dernier, qu'il ne nomme pas explicitement dans l'entrevue.

Son rôle de chef de mission le place dans une situation délicate, parce qu'il doit faire le lien entre les athlètes et des employés du COC qui peuvent se sentir encore blessés, explique-t-il.

Il n'écarte pas la possibilité de démissionner, en dernier recours, si le COC ne répond pas à ses questions et qu'il sent qu'il ne peut plus aller de l'avant.

« Des habits olympiques, j'en ai plein mon garde-robe, a lancé Jean-Luc Brassard. Je n'en ai pas besoin d'un autre nécessairement. J'ai surtout besoin de savoir que j'aurai fait le maximum pour aider des gens qui sont peut-être encore blessés. Je préfère la voie démocratique, je préfère négocier, plutôt que de faire de grandes déclarations et faire tout sauter. »

« En tant que chef de mission, je ne veux pas avoir une équipe décimée derrière moi ou avoir le poids moral de regarder des athlètes performer et être très heureux et voir en même temps des employés qui ont contribué à ce succès avec un sourire tombant parce qu'ils ont vécu quelque chose de dramatique. »

— Jean-Luc Brassard, chef de mission pour le Canada aux Jeux de Rio

Par ailleurs, la médaillée olympique Sylvie Bernier a indiqué qu'elle appuie sans réserve le chef de mission.

Jean-Luc Brassard attend beaucoup de la réunion que tiendra ce week-end le conseil administration du COC, à qui il envoyé une lettre dans laquelle il l'invite à une plus grande transparence. Mais il ne se donne pas de limite de temps pour sa réflexion et dit faire confiance à la nouvelle présidente, Tricia Smith, qui s'est montrée réceptive à ses demandes.

« J'ai eu d'excellentes discussions avec Tricia Smith, a expliqué Jean-Luc Brassard. C'est quelqu'un en qui j'ai une immense confiance. C'est une avocate chevronnée, une ancienne athlète olympique, qui a une rigueur exceptionnelle. Elle arrive dans un bourbier, elle a fait le ménage et explique ses façons de faire. Elle avance progressivement. »

« Des lumières rouges »

Le COC a publié, à la mi-janvier, son rapport interne sur les agissements de Marcel Aubut, dans lequel il a reconnu avoir laissé tomber ses employés. « Mais les employés du COC en veulent plus », pense Brassard. Plusieurs questions restent sans réponse, déplore-t-il, comme l'inaction du conseil d'administration face à de nombreuses « lumières rouges ».

« Au cours des dernières années, des lumières rouges se sont allumées à plusieurs moments. Elles ont été ignorées, volontairement ou non. Il faut savoir pourquoi, plaide-t-il. [...] On parle d'émotions humaines. On ne peut pas mettre un diachylon et dire qu'on passe à un autre appel. »

Si deux dirigeants et un gestionnaire du COC ont été congédiés dans la foulée de l'affaire Aubut, d'autres employés ont fermé les yeux sur les agissements du président démissionnaire et sont encore en poste, regrette Brassard.

« J'aimerais les entendre. Peut-être qu'ils ont leurs raisons. C'est fou que dans un organisme dont les valeurs principales sont l'intégrité, la confiance, le dépassement de soi et l'entraide - des valeurs sportives utilisées pour aller chercher des commanditaires -, ces valeurs n'aient jamais été appliquées alors qu'elles sont au coeur de son marketing. Il y a encore un mal qui existe et d'avoir les explications permettrait de comprendre ce qui s'est passé. »

— Jean-Luc Brassard, chef de mission pour le Canada aux Jeux de Rio

Jean-Luc Brassard est convaincu que des employés du COC ont voulu dénoncer des abus dont ils ont été victimes ou témoins pour finalement y renoncer, à cause d'un manque de protection. Et ceux qui ont osé dénoncer ont aussi beaucoup perdu, déplore-t-il.

« Un climat assez lourd s'est créé avec les années. Le Comité olympique canadien a perdu beaucoup d'employés très compétents qui ont osé aller défendre les intérêts de leurs collègues féminines, qui ont fait l'objet de plaintes et qui ont ensuite dû démissionner. [...] Ça m'énerve. C'est dur à accepter parce que ce sont des émotions humaines. »

— Jean-Luc Brassard, chef de mission pour le Canada aux Jeux de Rio

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