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05/02/2016 09:39 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

A la frontière, les Syriens de Turquie attendent, inquiets, les réfugiés d'Alep

Le passage est fermé mais le comité d'accueil est déjà là, anxieux: les réfugiés syriens de Turquie ont rejoint vendredi le poste-frontière d'Oncupinar pour obtenir des nouvelles de leurs familles, qui ont fui les combats à Alep et se pressent de l'autre côté de la frontière.

Depuis la grande arche métallique parée des couleurs turques qui coupe la route entre les deux pays, la nouvelle cohorte des déplacés est encore invisible. Masquée par le long couloir de béton qui la maintient encore en Syrie.

Ce no man's land est désert, animé par le seul va-et-vient des ambulances qui le traversent pour extraire les blessés.

Selon les derniers chiffres fournis par l'ONU, 20.000 personnes se bousculent déjà devant le poste-frontière syrien de Bab al-Salama, à quelques centaines de mètres.

L'offensive lancée lundi par les troupes du président Bachar al-Assad pour reprendre le contrôle d'Alep aux rebelles les a jetés sur les routes de l'exode. Les combats y sont féroces et les bombardements de l'aviation russe, qui soutient le régime, meurtriers.

"Le grand embouteillage a commencé", lâche un responsable local, "les réfugiés ont pris la route de la Turquie".

A quelques centaines de mètre de la route, le gouvernement turc a érigé un grand camp pour les réfugiés déjà installés sur son sol. Assis à même le trottoir, quelques dizaines d'entre eux attendent que les autorités lèvent les barrières.

"J'attends que ma famille puisse entrer en Turquie", dit Abdullah. "Ma femme est bloquée de l'autre côté de la frontière, seule avec nos trois enfants. Je ne sais pas quand ils pourront passer", s'inquiète-t-il.

Ce trentenaire raconte que son beau-père, qui a pris la route avec le reste de sa famille, a été seul autorisé à entrer en Turquie pour être soigné dans un hôpital de la ville de Kilis, toute proche. Mais il n'aime pas savoir sa femme seule. "Elle m'a déjà appelé de trois numéros différents", se rassure Abdullah.

- 'Ils dorment dans la rue' -

De temps en temps, le calme qui règne dans les allées du camp est secoué par le grondement d'une explosion lointaine.

Pour Um Khalid, l'attente est insupportable. Un de ses trois fils a été blessé par un tireur embusqué. "Il s'apprêtait à quitter sa maison. Il s'est penché à la fenêtre et a été atteint par une balle. Son visage a été arraché", dit-elle. Aujourd'hui, elle se désespère de le voir entrer en Turquie. "Je veux juste qu'ils le laissent passer", implore-t-elle en pleurs.

A côté d'elle, une autre mère explique que ses enfants ont été obligés de dormir dans les rues pendant trois jours après le bombardement de leur maison.

"La maison de nos enfants a été détruite, maintenant ils dorment à la frontière", dit Um Sobhi, "on attend de voir s'ils peuvent nous rejoindre mais jusqu'à présent, personne ne les a autorisés à passer".

La Turquie héberge déjà plus de 2,5 millions de Syriens ayant fui la guerre civile qui fait rage depuis plus de quatre ans dans leur pays.

Son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a affirmé jeudi à Londres, à l'issue d'une conférence des pays donateurs, que près de 70.000 civils étaient en train de faire route vers le nord pour échapper à la bataille d'Alep.

Les autorités turques ont indiqué plancher sur des plans d'urgence pour accueillir ce nouvel afflux de réfugiés sur leur sol.

Ahmet Lutfi Akar, le président du Croissant-rouge turc, assure être prêt.

"Nous les assistons à la frontière syrienne depuis cinq ans déjà. Il n'y a rien de nouveau mais nous nous préparons à une nouvelle vague", assure M. Akar. "Nos équipes sont prêtes à leur fournir de l'eau et de la nourriture dès qu'ils seront chez nous".

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