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05/02/2016 07:13 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

20.000 Syriens fuyant l'assaut d'Alep bloqués à la frontière turque

Vingt-mille civils ayant fui l'offensive des forces de Bachar al-Assad dans la province d'Alep étaient bloqués vendredi du côté syrien de la frontière turque, aggravant le drame humanitaire engendré par le conflit qui doit faire l'objet de nouvelles consultations à l'ONU.

"Environ 20.000 personnes sont rassemblées au niveau du poste-frontière de Bab al-Salama et quelque 5.000 à 10.000 ont été déplacées vers la ville d'Azaz", non loin de ce point de passage fermé, a déclaré Linda Tom, porte-parole du Bureau des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA).

Sous la couverture des raids aériens russes --près d'un millier depuis le début de cette offensive lundi--, l'armée a repris aux rebelles deux nouvelles localités, Rityane et Mayer, resserrant davantage l'étau autour de la ville septentrionale d'Alep.

Dans le sud du pays, toujours avec l'appui d'intenses frappes russes, ainsi que du Hezbollah libanais, elle s'est emparée d'une localité clé, Atmane, dans la province de Deraa.

Avec les derniers succès du régime, les rebelles se trouvent dans ce qui pourrait être leur pire moment depuis le début du conflit en 2011. La province d'Alep est en effet l'un des principaux fiefs de la rébellion dans un pays morcelé entre régime, rebelles et jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

"Les rebelles battent en retraite partout, il n'y a pas un front significatif où ils ne battent pas en retraite", note Emile Hokayem, de l'International Institute for strategic studies.

En attendant, la situation humanitaire déjà catastrophique s'est encore aggravée. 40.000 habitants de la province d'Alep ont fui l'offensive du régime et pris la route de l'exode en direction de la frontière turque.

- 'Où êtes-vous ?' -

Une vidéo diffusée par des militants sur internet montre des centaines de personnes, dont de nombreux enfants, se diriger vers un poste-frontière turc. Certaines portent sur le dos des sacs en plastique, d'autres semblent être parties sans rien.

"Où êtes-vous, Turquie, Arabie saoudite, Qatar? Où êtes vous musulmans pour nous aider?", s'exclame un homme en colère, faisant référence aux pays soutenant la rébellion.

"Ce qui frustre le plus les rebelles, ce sont ces pays qui prétendent être amis de la Syrie qui se contentent de belles paroles", indique pour sa part à l'AFP via internet le militant Mamoun al-Khatib, directeur de l'agence de presse locale Shahba.

Vendredi, la frontière entre la Turquie et la Syrie était fermée au sud de la ville turque de Kilis (sud), alors que des milliers de personnes étaient massées, selon Ankara, côté syrien.

Selon un journaliste de l'AFP, la situation était calme au poste-frontière turc d'Oncupinar (appelé Bab al-Salama côté syrien), où aucune entrée ou sortie du territoire turc n'était autorisée.

- 'Le monde se tait' -

La Turquie, qui accueille déjà quelque 2,5 millions de Syriens, a accusé les "complices" russes de Damas de "crimes de guerre".

"Environ 10.000 personnes venues d'Alep attendent aujourd'hui à la frontière pour entrer en Turquie. Les Russes bombardent sans répit, le régime bombarde sans répit. Mais le monde se tait", déplorait jeudi soir le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Avec la progression du régime, les rebelles et quelques centaines de civils des quartiers est d'Alep pourraient se retrouver prochainement asphyxiés, leur principale route d'approvisionnement vers la Turquie ayant été coupée mercredi.

Le régime contrôle les quartiers ouest de la ville, la deuxième du pays, et les rebelles les quartiers est depuis 2012.

Sur le plan politique, les pourparlers de paix indirects à Genève qui n'avaient même pas démarré entre régime et opposition ont été reportées par le médiateur de l'ONU Staffan de Mistura au 25 février.

Ce dernier doit rendre compte dans la journée au Conseil de sécurité de sa décision d'ajourner ces discussions qui ont douché les fragiles espoirs d'une esquisse de solution, remettant à jour les intérêts divergents des grandes puissances impliquées dans le conflit.

Dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, M. de Mistura a indiqué que l'ONU allait "vérifier" le 12 février à Munich, à l'occasion d'une conférence sur la sécurité, la volonté de ces pays de parvenir à la paix.

Or les Etats-Unis, la France, la Turquie et l'Otan ont accusé Moscou de miner les efforts pour un règlement politique du conflit qui a fait plus de 260.000 morts et jeté plus de la moitié de la population hors de chez elle.

Ankara a par ailleurs jugé "risibles" les accusations formulées la veille par Moscou sur un projet d'intervention militaire turque en Syrie.

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