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04/02/2016 09:44 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

Ukraine: Porochenko s'explique devant les ambassadeurs du G7 suite à la démission du ministre de l'Economie

Le président ukrainien Petro Porochenko a rencontré jeudi les ambassadeurs du G7 après la démission surprise du ministre réformateur de l'Economie, perçue comme le signe d'une grave crise politique et qui a suscité une vive inquiétude parmi les Occidentaux.

Le chef de l'Etat a invité les ambassadeurs au lendemain de leur déclaration conjointe où ils s'étaient dits "très déçus" de cette démission appelant les dirigeants de l'Ukraine à "mettre de côté leurs différends" et à aller de l'avant pour lancer les réformes indispensables.

"Le président, le Premier ministre et le président du Parlement nous ont assurés qu'ils allaient travailler ensemble, qu'ils seraient unis pour réformer le pays", a déclaré à la presse l'ambassadeur japonais Shigeki Sumi, à l'issue de la rencontre.

Le ministre de l'Economie Aivaras Abromavicius, très apprécié des Occidentaux et des milieux d'affaires en Ukraine, a claqué mercredi la porte du gouvernement en accusant un député proche du président de bloquer les réformes de son ministère et d'entraver la lutte contre la corruption au sein des entreprises publiques alors que le pays est embourbé depuis deux ans dans une grave crise économique.

Tous ses adjoints, dont celui chargé de la réforme des achats publics, ont annoncé leur démission dans la foulée.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde a estimé que la démission du ministre était une "source d'inquiétude".

"Si les allégations faites dans sa démission sont exactes, c'est un signe clair que les mesures anti-corruption promises par le gouvernement ne fonctionnent pas encore", a déclaré Mme Lagarde lors d'une conférence de presse "virtuelle" diffusée sur le site du FMI, qui est le principal bailleur de fonds de l'Ukraine.

"Les investisseurs suivent avec inquiétude les évènements des derniers mois et considèrent (la démission du ministre) comme une manifestation de l'instabilité politique qui pourrait avoir des conséquences extrêmement graves", souligne dans un communiqué European Business Association, la plus importante association réunissant les hommes d'affaires étrangers en Ukraine.

Sa démission doit toutefois encore être entérinée par le Parlement.

"Nous ne voterons pas la démission du ministre Abromavicius avant l'examen de la démission de tout le gouvernement", a assuré jeudi Iouri Loutsenko, dirigeant de la fraction Bloc Porochenko au Parlement, reconnaissant que cette démission était "un très mauvais signal pour les réformes en Ukraine".

Le président du Parlement Volodymyr Groïsman a pour sa part déclaré jeudi que l'Ukraine entrait ainsi "dans une grave crise politique".

Dans une interview suivant l'annonce de sa décision, M. Abramavicius a souligné qu'il ne voulait "plus faire partie de ce système" qui n'avait pas réussi à "combattre la corruption" en disant espérer que sa démission servirait de "douche froide" aux dirigeants ukrainiens.

Arrivé à ce poste en décembre 2014, Aivaras Abromavicius, un Lituanien naturalisé Ukrainien, ancien cadre dirigeant d'un fonds d'investissement suédois, avait promis d'utiliser les "méthodes les plus radicales" pour réformer le pays.

Pour expliquer son départ, M. Abromavicius a dénoncé "une tentative claire d'établir un contrôle sur les flux financiers" en premier lieu au sein de l'opérateur gazier ukrainien Naftogaz, ainsi que dans l'industrie de la défense.

Ces derniers mois, trois autres ministres, ceux de la Santé, des Infrastructures et de l'Agriculture ont annoncé leur démission, mais ils continuent de remplir leurs fonctions faute d'acceptation de cette démission par les députés.

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