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03/02/2016 23:40 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Syrie: le processus de paix suspendu, conférence des donateurs à Londres

Une conférence des pays donateurs pour les réfugiés s'ouvrait jeudi à Londres avec l'espoir de progresser au moins sur le plan humanitaire, au lendemain de la suspension des pourparlers de paix sur la Syrie à Genève.

Des dirigeants du monde entier, dont le Premier ministre britannique David Cameron, la chancelière allemande Angela Merkel et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, devaient tenter dans la capitale britannique de lever neuf milliards de dollars en faveur des 18 millions de Syriens victimes de la guerre, avec l'ambition d'endiguer la crise des réfugiés qui, du Moyen-Orient à l'Europe, pèse sur les pays d'accueil.

Le gouvernement britannique a d'ores et déjà promis 1,2 milliard de livres (1,74 milliard de dollars) supplémentaire d'ici 2020 pour aider les victimes du conflit en Syrie.

"Nous avons besoin de plus d'argent pour répondre à cette crise et nous en avons besoin maintenant", a déclaré David Cameron.

Pour répondre au drame syrien, les donateurs devront se montrer plus généreux que lors de la précédente conférence, en 2015, où seuls 3,3 milliards avaient été récoltés sur les 8,4 milliards réclamés.

"C'est inacceptable: réunir suffisamment de fonds pour assurer les besoins vitaux des réfugiés est le minimum qu'on puisse attendre de nous", a souligné M. Cameron.

La conférence, à laquelle doit également participer le secrétaire d'Etat américain John Kerry, s'ouvrait quelques heures après la suspension par l'ONU des pourparlers inter-syriens de paix à Genève, théoriquement jusqu'au 25 février.

- Percée du régime à Alep -

Sur le terrain, le régime de Damas, appuyé par les frappes de son allié russe, effectuait au même moment une importante percée militaire à Alep (nord), rendant vaines toutes discussions sur le front diplomatique selon l'opposition.

Paris et Washington ont dénoncé ces frappes, et ont lié le naufrage du processus de Genève à la situation sur le terrain.

"La poursuite de l'assaut des forces du régime syrien -- renforcées par les frappes russes -- contre des zones tenues par l'opposition (...) a clairement montré le désir de chercher une solution militaire plutôt que de permettre une solution politique", a accusé John Kerry.

La France a elle aussi condamné "l'offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie". Son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que les "circonstances dramatiques" sur le terrain "privaient de sens" les discussions de Genève "auxquelles ni le régime de Bachar al-Assad ni ses soutiens ne souhaitent visiblement contribuer de bonne foi, torpillant ainsi les efforts de paix".

L'armée syrienne a encore resserré l'étau jeudi autour des rebelles dans la ville d'Alep, ex-capitale économique du pays, après avoir coupé leur principale route d'approvisionnement, marquant un nouveau succès pour le régime depuis l'intervention de Moscou dans le conflit fin septembre.

L'offensive des troupes, aidées par des miliciens et des combattants du Hezbollah libanais, a été appuyée par d'intenses bombardements russes --plus de 320 frappes depuis lundi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Et le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov a martelé qu'il n'était pas question pour Moscou de cesser ses bombardements avant d'avoir "réellement vaincu" les groupes "terroristes".

- Reprise des discussions incertaine -

Après six jours de discussions avec le régime d'une part, l'opposition de l'autre, de tergiversations et de rendez-vous annulés ou reportés, l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a annoncé une "pause" dans le processus de discussions sur la Syrie, censé enclencher une solution politique pour mettre un terme au conflit.

"J'ai conclu, après une première semaine de discussions préparatoires, qu'il y a encore du travail à faire, non seulement par nous, mais par toutes les parties prenantes" à la crise syrienne, a déclaré M. de Mistura, renvoyant la balle dans le camp des grandes puissances du Groupe international de soutien à la Syrie, qui doivent se réunir le 11 février à Munich.

Le diplomate onusien s'est refusé à parler "d'échec" et a déclaré avoir fixé la date du 25 février pour une reprise des discussions.

Mais celle-ci semble tout sauf certaine.

L'opposition syrienne "ne reviendra pas à Genève tant que ses demandes sur le volet humanitaire ne seront pas satisfaites", a déclaré son coordinateur Riad Hijab lors d'une conférence de presse à Genève. Le Haut comité des négociations (HCN), qui regroupe des politiques et des représentants des groupes armés, réclame l'arrêt des bombardements russes, la libération de détenus, et la levée des sièges d'une quinzaine de villes en Syrie, où, selon l'ONU, près de 500.000 personnes vivent coupées d'aide humanitaire et médicale.

De son côté, Damas a rejeté l'échec du processus sur l'opposition. "Depuis son arrivée, la délégation de l'opposition a refusé de prendre part à des discussions sérieuses avec l'émissaire de l'ONU", a déclaré l'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari, qui dirigeait la délégation du régime.

Lui aussi a également laissé entendre que la reprise des discussions le 25 février n'était pas acquise.

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