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04/02/2016 03:03 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

Syrie: Kerry réclame l'arrêt des bombardements russes, les pays donateurs réunis à Londres

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a réclamé jeudi l'arrêt des bombardements russes en Syrie, accusant implicitement Moscou d'avoir torpillé les négociations de paix, au moment où se tenait à Londres une conférence des donateurs pour les victimes du conflit.

Au cours d'une discussion "musclée" avec son homologue russe Sergueï Lavrov, M. Kerry a rappelé à la Russie qu'une résolution du conseil de sécurité de l'Onu appelait à un cessez-le-feu immédiat en Syrie pour permettre l'acheminement de l'aide aux villes assiégées.

"J'ai eu une conversation avec le ministre Lavrov ce matin. Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il faudra discuter de la manière d'appliquer le cessez-le feu", a déclaré à Londres M. Kerry.

A Moscou, le ministère des Affaires étrangères a annoncé que MM. Lavrov et Kerry avaient déploré la suspension des négociations de paix syriennes et exprimé l'espoir que cette pause serait "aussi courte que possible".

Après six jours de discussions avec le régime d'une part, l'opposition de l'autre, l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a annoncé mercredi soir à Genève une "pause" dans le processus de discussions sur la Syrie censé enclencher une solution politique au conflit.

Le diplomate onusien s'est refusé à parler "d'échec" et a déclaré avoir fixé la date du 25 février pour une reprise des discussions Mais celle-ci semble tout sauf certaine.

La suspension de ces discussions "montre à quel point les divisions sont profondes", a estimé le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, à l'ouverture de la conférence des donateurs à Londres.

"Les jours qui viennent doivent être utilisés pour revenir à la table des négociations, et non pour sécuriser davantage de gains sur le champ de bataille", a-t-il insisté, tandis que le Premier ministre britannique David Cameron a appelé à "continuer" à travailler pour une solution politique.

- 'Besoin de plus d'argent' -

La réunion de Londres doit tenter de lever neuf milliards de dollars en faveur des 18 millions de Syriens victimes de la guerre, avec l'ambition d'endiguer la crise des réfugiés qui, du Moyen-Orient à l'Europe, pèse sur les pays d'accueil.

Pour répondre au drame syrien, les donateurs devront se montrer plus généreux que lors de la précédente conférence, en 2015, où seuls 3,3 milliards avaient été récoltés sur les 8,4 milliards réclamés.

Soucieux de montrer l'exemple, le gouvernement britannique a promis 1,2 milliard de livres (1,74 milliard de dollars) supplémentaire d'ici 2020 pour aider les victimes du conflit en Syrie.

"Nous avons besoin de plus d'argent pour répondre à cette crise et nous en avons besoin maintenant", a dit David Cameron, qui a précisé qu'à la mi-journée, la conférence avait déjà réuni 2 milliards de dollars.

- Percée du régime à Alep -

La chancelière allemande Angela Merkel, co-organisatrice de la conférence, a promis elle de débloquer 2,3 milliards d'euros d'ici 2018, "dont 1,1 milliard d'euros pour la seule année 2016".

"Nous voulons faire en sorte que plus jamais on arrive à une situation où on réduit la nourriture donnée aux réfugiés", a souligné la chancelière. "Aujourd'hui est une journée d'espoir", a-t-elle déclaré.

Sur le terrain, le régime de Damas, appuyé par les frappes de son allié russe, effectuait une importante percée militaire à Alep (nord), rendant vaines toutes discussions sur le front diplomatique selon l'opposition. L'armée syrienne est entrée jeudi dans deux localités chiites assiégées depuis trois ans par les rebelles.

Paris et Washington ont dénoncé ces frappes, et ont lié le naufrage du processus de Genève à la situation sur le terrain.

"La poursuite de l'assaut des forces du régime syrien -- renforcées par les frappes russes (...) a clairement montré le désir de chercher une solution militaire plutôt que de permettre une solution politique", a accusé M. Kerry.

La France a elle aussi condamné "l'offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie". Son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que les "circonstances dramatiques" sur le terrain "privaient de sens" les discussions de Genève "auxquelles ni le régime de Bachar al-Assad ni ses soutiens ne souhaitent visiblement contribuer de bonne foi".

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), cette avancée est la plus importante du régime dans la province d'Alep depuis 2012. Elle a été possible notamment grâce aux bombardements intensifs menés par l'armée de l'air russe contre les positions rebelles.

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