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04/02/2016 02:14 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

Même les JO ne payent pas au carnaval de Rio en crise

Un défilé de carnaval célébrant les jeux Olympiques qui débuteront dans six mois à Rio: l'idée soufflée par le maire de la ville à l'école de samba Uniao da Ilha semblait prometteuse de riches retombées.

Mais la récession économique qui frappe le Brésil a découragé la plupart des sponsors et le prix des matériaux importés explose avec la hausse du dollar.

A quelques jours des défilés exubérants du Sambodrome, dans les ateliers de la Cité de la samba, artisans et couturières mettent les dernières touches aux chars et parures.

"Je viens pour aider l'école que j'aime. C'est l'école de mon quartier, l'école où j'ai appris à danser la samba", témoigne Luci Gonçalves, 70 ans, en collant des perruques rouges et bleues sur les casques de boxe dorés que porteront les 280 percussionnistes du défilé.

Comme elle, Paulo Menezes, le metteur-en-scène du défilé de Uniao da Ilha, parie sur le thème des JO pour faire gagner son école: "Le défilé raconte comment Rio s'y prépare. Les Dieux sortent de l'Olympe pour connaître la ville, s'enchantent et décident d'y rester", dévoile-t-il. "L'idée est de montrer un peu de Rio et de ses habitants qui s'amusent, font du sport et sont olympiques par nature".

Le directeur d'Uniao da Ilha, Marcio André Mehry de Souza, lui, ne décolère pas.

Il ne cache pas son dépit de n'avoir obtenu aucun parrainage de la mairie ni du Comité Rio-2016 malgré le choix des JO comme thème de son défilé, pourtant une suggestion du maire Eduardo Paes.

"On a commencé à travailler en juin sur une promesse de financement qui n'est jamais arrivée", tempête-t-il, sans citer explicitement le maire.

"La situation est difficile depuis 4 ou 5 ans. Mais cette année, ça a été pire parce que tout le monde est en crise et que le prix du matériel a augmenté, explique-t-il à l'AFP. On dépense entre 12 et 15 millions de réais (2,6 et 3,3 millions d'euros) pour un défilé et on en reçoit six. Avec la récession ça a encore empiré".

Selon lui, la mairie donne "seulement" 24 millions de réais (5,4 M d'euros) par an aux 12 écoles qui défilent sur le Sambodrome et attirent des dizaines de milliers de touristes, mais 70 millions (plus de 15 M d'euros) pour le festival Rock in Rio. "Allez comprendre!".

- Grève du carnaval? -

La compagnie pétrolière publique Petrobras, dont le siège est à Rio, finance également chacune des 12 écoles à hauteur d'un million.

Mais l'année dernière, à cause du retentissant scandale de corruption qui la secoue, "l'argent nous a été versé en plusieurs traites, pendant que nos dettes s'accumulent", se lamente encore le patron de l'école.

Même les écoles les plus riches ont dû économiser. Il s'agit de celles qui, en plus des financements légaux peuvent compter sur les largesses d'un parrain, généralement un mafieux des jeux clandestins.

Neguinho, le chanteur de la célèbre Beija Flor, a indiqué au quotidien O Globo que l'école avait dû "négocier des salaires" pour assurer la tenue du défilé.

M. de Souza assure qu'il "commence à y avoir un consensus pour ne plus défiler à l'avenir", si les autorités ne prennent pas des mesures.

"La mairie, les hôtels, les commerces s'en mettent plein les poches. Et nous? Rien! On ne peut plus faire de carnaval dans ces conditions", grogne-t-il.

Il préconise l'instauration d'une "taxe de dix dollars à l'entrée de chaque touriste dans la ville qui serait reversée aux écoles de samba".

D'après Menezes, metteur-en-scène du défilé, "le plus grand défi cette année a été de déjouer la crise. Et c'est pareil pour toutes les écoles de samba".

A peu près 90% du matériel pour les défilés est importé de Chine. Les coûts ont explosé car le cours du dollar a doublé par rapport à l'an dernier. "Pour nous, 100 m de tissus c'est peu, il nous faut 600 m par défilé et ça, multiplié par 12 écoles", cite-t-il en exemple.

En plus, il manque du matériel sur le marché. Car les grossistes importateurs n'importent pas...

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