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04/02/2016 04:29 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

Le Soudan du Sud veut réduire le nombre d'humanitaires étrangers, malgré les menaces de famine

Le Soudan du Sud a adopté une loi limitant drastiquement le nombre de travailleurs humanitaires étrangers pouvant opérer dans le pays, où plusieurs millions de personnes affectées par la guerre civile ont besoin d'une aide vitale.

La loi sur les Organisations non gouvernementales (ONG), votée par le parlement mercredi, prévoit que seuls 20% des personnels humanitaires travaillant au Soudan du Sud peuvent être étrangers, selon le texte dont l'AFP s'est procuré une copie jeudi.

Les ONG "doivent s'assurer que pas moins de 80% de leurs employés sont des ressortissants sud-soudanais et ce, à tous les niveaux: encadrement, intermédiaire et simples employés", selon le texte qui doit encore être signé par le président Salva Kiir pour avoir force de loi.

Les agences humanitaires des Nations unies, comme le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) ou le Programme alimentaire mondial (PAM), ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge ne sont pas concernées par le nouveau texte.

Mais quelque 140 ONG internationales sont à pied d'oeuvre au Soudan du Sud, dont Médecins Sans Frontières (MSF), Oxfam ou Save the Children.

Des travailleurs humanitaires opérant dans le pays s'inquiètent des possibles répercussions de ce texte sur les efforts actuellement déployés pour venir en aide aux quelque 2,3 millions de personnes déplacées par une guerre civile de plus de deux ans et aux quelque 3,9 millions qui nécessitent une aide alimentaire d'urgence.

Sous couvert d'anonymat, ils redoutent aussi une clause qui prévoit des peines sévères (jusqu'à trois ans de prison et une amende) en cas de "fausse déclaration".

Les ONG internationales emploient de nombreux Sud-Soudanais, qui souvent représentent plus de 80% de l'ensemble du personnel, mais pas à des postes d'encadrement ou requérant un certain niveau de spécialisation.

Devenu indépendant en juillet 2011, sur les ruines de décennies de conflit avec Khartoum, le Soudan du Sud a replongé dans la guerre le 15 décembre 2013, quand des combats ont éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité à la tête du régime entre M. Kiir et son ancien vice-président Riek Machar.

Le conflit, marqué par d'innombrables atrocités, a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes et les combats se poursuivent en dépit d'un accord de paix signé le 26 août.

- De plus en plus dépendant -

La semaine passée, l'organisation régionale des pays d'Afrique de l'Est (IGAD) a appelée les parties au conflit, qui incluent à présent de nombreux groupes armés aux intérêts souvent locaux, à laisser transiter l'aide alimentaire dans des zones où les populations sont menacées de famine.

Les ONG internationales sont souvent, dans de vastes régions du pays, les seules à fournir une assistance médicale aux populations.

Au moins 34 travailleurs humanitaires ont été tués depuis que la guerre a éclaté et les organisations humanitaires se plaignent régulièrement d'être victimes de harcèlement et menacées d'expulsion.

L'accord du paix du 26 août tentait de prendre en compte cette situation: les parties au conflit s'engageaient alors à garantir un environnement permettant aux ONG de travailler. Il stipulait également que la loi sur les ONG devait être soumise "à un processus de consultations publiques, pour s'assurer que la législation réponde aux standards internationaux".

Ce qui n'est pas le cas, pour le député d'opposition Onyoti Adigo, puisqu'un gouvernement d'union nationale n'a pas été encore formé et que les députés représentant le camp rebelle ne siègent pas encore au parlement.

Le Soudan du Sud est de plus en plus dépendant de l'aide internationale. L'économie du plus jeune pays du monde est au bord de l'effondrement, à cause de la guerre civile et de la chute des cours du pétrole, dont le pays tirait 98% de ses recettes à son indépendance.

Mercredi, les ministres du Pétrole du Soudan du Sud et du Soudan ont signé un accord qui devrait permettre à Juba de retrouver un peu d'oxygène sur le plan financier. La redevance que paye Juba à Khartoum pour lui permettre d'exporter son brut sera désormais indexée sur les cours du baril et non plus fixe.

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