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04/02/2016 03:20 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

France: l'horizon assombri de Hollande trois mois après les attentats

Moins de trois mois après les attentats de Paris, le président socialiste français François Hollande a perdu le crédit d'un virage sécuritaire désormais contesté et voit sa légitimité à briguer un nouveau mandat en 2017 mise en cause à gauche.

Après un net regain en fin d'année, la popularité du chef de l'Etat est retombée à son niveau d'avant les attaques jihadistes du 13 novembre, les pires actes de terrorisme jamais commis dans le pays (130 morts et plusieurs centaines de blessés).

Selon deux sondages publiés jeudi, les Français ne sont plus que 15 à 19% à avoir de lui une opinion favorable. Son Premier ministre Manuel Valls ne fait guère mieux, avec 25% à 33%.

Le doute grandit aussi sur la capacité de l'exécutif à obtenir l'aval du Parlement à la révision de la Constitution annoncée par M. Hollande dans la foulée des attentats.

Ce projet, dit de "protection de la Nation", arrive vendredi devant les députés dans un climat de zizanie, lié à la volonté du président d'inscrire dans la loi fondamentale la déchéance de nationalité pour les Français condamnés pour terrorisme.

La mesure, soutenue par l'opinion, a provoqué la semaine passée la démission retentissante de la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Cette dernière s'est dite en "désaccord majeur" avec cette initiative, comme une large part des parlementaires de gauche et une frange croissante de l'opposition de droite, à qui le chef de l'Etat avait initialement chipé l'idée.

"La déchéance est un moyen pour la République de se défendre", a estimé jeudi le successeur de Mme Taubira, Jean-Jacques Urvoas, en balayant des appels de tous bords à son abandon. "Le président de la République ira jusqu'au bout", a-t-il assuré.

"Nous mettrons tout en oeuvre pour cela (et) nous aboutirons", a renchéri le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, affirmant qu'il en allait "de l'unité nationale, de la force du pays face au terrorisme".

- 'Attaqué sur tous les fronts' -

Pour le quotidien de gauche Libération, "François Hollande se retrouve pris à son propre piège". A droite, Le Figaro a moqué ces derniers jours un "arroseur arrosé", "attaqué sur tous les fronts" à peine plus d'un an avant la prochaine présidentielle de 2017. "A quatorze mois du premier tour, on est en droit de se demander si le chef de l'Etat a encore les moyens de forcer le destin", note le journal.

L'imbroglio sur la déchéance de nationalité est loin d'être l'unique pavé lestant la barque de l'exécutif. Sa volonté de prolonger l'état d'urgence, instauré depuis les attentats, est critiquée par les milieux judiciaires et les associations de défense des libertés publiques.

Au plan social, la situation ne s'améliore pas, avec un nouveau record de 3,59 millions de demandeurs d'emploi fin 2015, alors même que François Hollande a conditionné à une décrue du chômage sa candidature à un second mandat l'an prochain.

Deux ans après un tournant pro-entreprises de sa politique économique, le virage sécuritaire assumé par le chef de l'Etat a ravivé à gauche la contestation du statut de "candidat naturel" en 2017, que revendiquent pour lui ses partisans.

Accentuant leurs critiques d'une dérive droitière, les dirigeants de l'aile gauche du Parti socialiste ont récemment appelé à une primaire pour "faire l'inventaire" du quinquennat et "ramener quelques repères au sein de la gauche".

Un précédent appel à une consultation "des gauches et de l'écologie" avait été lancé début janvier par un collectif d'intellectuels emmené par l'économiste Thomas Piketty, auteur du best-seller mondial "Le capital au 21e siècle", et l'ancien eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit.

François Hollande ne s'est pas exprimé jusqu'à présent sur ce sujet d'une primaire à gauche.

Pour tenter un rebond en vue de la présidentielle et essayer de rassembler la gauche, il prépare actuellement un remaniement de son gouvernement qui devrait être annoncé avant la fin du mois.

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