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03/02/2016 19:26 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Des antibiotiques pour traiter la malnutrition infantile remis en question

Traiter systématiquement des enfants souffrant de malnutrition avec des antibiotiques ne paraît pas contribuer à leur guérison, selon une nouvelle étude publiée mercredi dans une revue médicale américaine.

En outre cette pratique risque de contribuer à la résistance microbienne, un problème grandissant dans le monde.

Les conclusions de cette cette étude parue dans le New England Journal of Medicine remettent en question les directives de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui préconisent un recours systématique aux antibiotiques pour ces enfants dans les pays en développement afin d'accroître leurs chances de rétablissement et réduire le risque de mortalité.

La malnutrition sévère contribue à une mortalité infantile élevée dans de nombreux pays en développement, affectant environ 34 millions d'enfants de moins de cinq ans.

Des infections bactériennes peuvent entraîner des complications, ce qui a conduit l'OMS en 1999 à recommander que tous les enfants sous-alimentés soient hospitalisés et traités avec des antibiotiques.

Pour cette étude, les chercheurs ont suivi 2.399 enfants âgés de six à 59 mois vivant dans des zones rurales au Niger qui souffraient de malnutrition sans complication.

Pendant une semaine, la moitié a reçu un antibiotique, l'amoxicilline, et l'autre moitié un placebo : 65,9% des enfants traités avec l'antibiotique se sont rétablis, contre à 62,7% dans l'autre groupe.

Ceux sous antibiotique se sont complètement rétablis en 28 jours en moyenne, soit deux jours plus rapidement que les enfants traités avec un placebo.

Au total, treize enfants sont décédés dont sept parmi ceux traités avec l'antibiotique et six dans le groupe du placebo.

Les chercheurs ont conclu qu'il n'y avait pas de différence significative dans les chances de guérison entre les deux cohortes.

Ces résultats "nous ont surpris car ils vont à l'encontre des directives actuelles de l'OMS et des conclusions d'un récent essai clinique bien exécuté au Malawi", a relevé Sheila Isanaka, professeur de nutrition à la faculté de santé publique de l'université de Harvard (Massachusetts), principal auteur.

"Nous espérons que ce nouvel éclairage va déboucher sur une analyse plus approfondie des recommandations actuelles de l'OMS et des données sur lesquelles elles s'appuient", a-t-elle ajouté.

Dans l'essai clinique mené au Malawi, la prise d'antibiotique (amoxicilline) chez des enfants souffrant de malnutrition grave sans complication a réduit le risque d'échec du traitement et de mortalité de 24% et 36% respectivement par rapport au placebo.

Les auteurs de cette étude ont conclu que le recours aux antibiotiques devrait continuer de façon routinière dans les zones où sévissent le Kwashiorkor, une forme de malnutrition aiguë sévère et où les infections par le virus du sida (VIH) sont prévalentes.

Les enfants sous-alimentés qui n'étaient pas séropositifs pour le VIH n'ont pas été évalués séparément dans l'étude du Malawi et il n'a pas été possible de confirmer un bienfait parmi ceux sans infection par le VIH.

Dans l'étude faite au Niger le taux d'infection par le VIH était faible.

Les différentes conclusions entre ces deux recherches (Malawi et Niger) pourraient s'expliquer dans les différences parmi les groupes de populations étudiés ainsi que dans les niveaux de qualité des soins médicaux et la fréquence du suivi.

Des scientifiques des ONG françaises Epicentre et Médecins sans Frontières (MSF) ainsi que de l'UNICEF et du ministère nigérien de la Santé ont participé à cette étude financée par MSF.

js/gkg