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04/02/2016 05:42 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

Déficit: Bruxelles ne croit toujours pas au respect par la France de son objectif

Sur fond de croissance atone et en l'absence de nouvelles réformes, la France ne pourra pas respecter son engagement de ramener sous la barre des 3% son déficit public en 2017, a estimé jeudi la Commission européenne en présentant ses prévisions économiques d'hiver.

Après un déficit attendu à 3,4% du Produit intérieur brut (PIB) en 2016, la Commission table pour 2017 sur un chiffre de 3,2%, supérieur aux exigences du pacte de stabilité (3%), alors que la France a déjà obtenu en 2015 un délai supplémentaire de deux ans pour tenir l'engagement.

En novembre, la Commission tablait sur un déficit public français de 3,3% du PIB pour 2017.

L'exécutif européen anticipe une croissance des recettes fiscales encore trop faibles l'an prochain pour compenser ce que devrait être le niveau de la dépense publique au vu des "tendances récentes".

"Nous raisonnons à politiques inchangées et à ce stade nous n'avons pas de données nouvelles pour l'année prochaine", a justifié Pierre Moscovici, commissaire européen chargé de l'Economie, lors d'une conférence de presse à Bruxelles. "Avec des mesures appropriées et de la volonté politique, c'est tout à fait jouable" de passer sous les 3%, a-t-il poursuivi.

"Comme chaque année, les prévisions qui sont faites par le services de la Commission pour l'année suivante n'intègrent pas les textes budgétaires (loi de finances et de financement de la sécurité sociale) à venir", a réagi le ministre français des Finances, Michel Sapin.

"La France ramènera le déficit sous 3% en 2017, comme elle s'y est engagée", a-t-il asséné.

D'après Bruxelles, la croissance des recettes fiscales devrait s'accélérer mais à "seulement 2,3%" l'an prochain, après +1,9% en 2016, "les réductions d'impôts pour les entreprises prévues dans le cadre du Pacte de responsabilité n'étant pas pleinement compensées", selon un document distribué à la presse.

Dans la colonne dépenses, l'austérité imposée aux collectivités locales et les réformes des retraites successives paraissent encore insuffisantes pour freiner durablement la dépense publique et l'endettement.

-'Impact limité' des attentats-

La Commission estime que la dette publique rapportée au PIB continuera d'augmenter l'an prochain, même si c'est à un rythme un peu plus lent. Selon les dernières prévisions, le ratio sera de 97,1% en 2017, après 96,8% cette année --contre 97,4% et 97,1% anticipés il y a trois mois--, et 96,2% en 2015.

Concernant la croissance, Bruxelles table sur 1,7% en 2017 (Paris n'a pas exprimé de prévision, ndlr), mais réduit légèrement, à 1,3% contre 1,4% auparavant, sa prévision pour cette année, alors que le gouvernement français vise 1,5%.

Pierre Moscovici a mis en avant "un essoufflement du rebond des exportations et une consommation des ménages moins dynamique que prévu" pour expliquer cette nouvelle prévision, soulignant que l'Allemagne et l'Italie connaissaient un abaissement du même ordre (0,1 point).

En 2017, la croissance devrait être "tirée par la consommation privée puis par une reprise de l'investissement", a ajouté l'ex-ministre de l'Economie du président français François Hollande.

A propos du taux de chômage, attendu grosso modo au niveau de la moyenne de la zone euro, la Commission a souligné ne pas pouvoir juger à ce stade de l'impact qu'aura le plan pour l'emploi récemment présenté par le gouvernement français. Bruxelles s'attend à un taux de 10,3% l'an prochain, après 10,5% en 2016, comme en 2015.

Les attentats de Paris du 13 novembre ont entraîné des dépenses de sécurité supplémentaires, mais elles ne devraient pas peser sur la réduction annoncée des déficits, a reconnu Bruxelles. Et ces attentats qui ont fait 130 morts ne devraient avoir qu'"un impact négatif limité sur la confiance et la croissance en 2016".

Il y a deux mois, les services de Bercy avaient jugé que les attentats de Paris et Saint-Denis pourraient amputer la croissance de 0,1 point de PIB en raison de leur impact négatif sur le secteur touristique, la consommation des ménages ou le moral des industriels.

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