NOUVELLES
04/02/2016 10:37 EST | Actualisé 04/02/2017 00:12 EST

CBS et Viacom perdent leur patriarche, l'avenir reste incertain

Après des mois de spéculations sur son état de santé, le magnat américain des médias Sumner Redstone a finalement passé la main chez les deux joyaux de son empire, sans vraiment résoudre les incertitudes sur leur avenir.

CBS et Viacom ont annoncé chacun à leur tour, mercredi et jeudi, que le vieillard de 92 ans, qui reste leur actionnaire majoritaire, avait quitté son poste de président exécutif du conseil d'administration, se contentant désormais d'une fonction honorifique de "président émérite".

Sumner Redstone est une véritable légende dans le monde américain de l'audiovisuel. A partir de la petite société de gestion de salles de son père, et à grand renfort d'acquisitions dont certaines ont donné lieu à des batailles légendaires, notamment la prise de contrôle des studios Paramount en 1994, il a construit un véritable empire du cinéma et de la télévision dont CBS et Viacom sont les joyaux.

Mais ce dirigeant autrefois très actif se fait aujourd'hui rare. Il a manqué pour la première fois l'an dernier les assemblées générales de Viacom et CBS, on ne l'a plus entendu ni vu en public depuis des mois. Dans un recours judiciaire l'an dernier, l'une de ses anciennes compagnes tombée en disgrâce, Manuela Herzer, a même affirmé qu'il n'était plus qu'un "fantôme vivant" aux capacités mentales déclinantes. Tout cela alimentait les doutes sur sa capacité à exercer ses fonctions.

Sumner Redstone a été remplacé à la tête du conseil d'administration de chacun des deux groupes par le directeur général: Leslie Moonves chez CBS et Philippe Dauman chez Viacom ont été ainsi promus PDG.

Mais autant la promotion de Leslie Moonves a été applaudie à Wall Street mercredi soir, autant celle de Philippe Dauman jeudi a fait grincer des dents, et reperdre aux deux actions presque tous leurs gains.

La fille du magnat, Shari, a en particulier appuyé le patron de CBS, mais pas celui de Viacom: elle a estimé mercredi qu'il fallait privilégier pour succéder à son père "un dirigeant avec une voix indépendante" et qui ne soit pas "lié aux affaires de la famille Redstone".

- Viacom inquiète -

Or Philippe Dauman est un proche du magnat. Il a été désigné il y a quelques mois comme légataire pour prendre si nécessaire des décisions de santé à sa place, il siège au conseil d'administration de la holding familiale qui contrôle les participations dans CBS et Viacom, et les médias le citent parmi les administrateurs de la fondation qui gèrera les actifs du magnat après sa mort.

Shari Redstone ne semble pas partie pour en rester là. Elle a refusé de succéder à son père, mais reste vice-présidente des deux conseils d'administration. Et elle "va continuer de défendre ce qu'elle pense être le meilleur intérêt des actionnaires de Viacom", a indiqué jeudi sa porte-parole.

Elle a aussi reçu le soutien de l'investisseur activiste Eric Jackson, à la tête du fonds SpringOwl, qui avait le mois dernier dénoncé la sous-performance chronique de Viacom comparé aux autres groupes de médias et réclamé le remplacement de l'intégralité de ses dirigeants.

La nomination de Philippe Dauman est "simplement le contraire" de ce que nous voulions, a-t-il indiqué sur la chaîne CNBC. "Nous ne pensons clairement pas que Philippe a fait du bon travail comme directeur général. Il ne devrait pas être directeur général, et donc il ne devrait pas être président du conseil d'administration". Pour lui, Viacom a plutôt besoin de "quelqu'un avec de l'expérience dans le numérique".

La succession de Sumner Redstone intervient en effet à un moment délicat, alors que les grands groupes de télévision sont confrontés à l'essor de la vidéo en ligne. Viacom inquiète en la matière plus encore que CBS, d'autant que ses chaînes vedettes, MTV et Nickelodeon, s'adressent à un public jeune, et donc plus susceptible de remplacer la télévision par internet.

La succession du magnat "pourrait aussi semer les graines pour une nouvelle consolidation du secteur", estime par ailleurs Sandeep Gupta, analyste chez Barclays.

Il n'exclut pas une fusion de CBS et Viacom, qui avaient déjà été unis entre 2000 et 2006, mais ce ne serait selon lui "probablement pas une solution permanente", et les deux groupes devraient être amenés à chercher "des solutions stratégiques à plus long terme".

soe/jld/bdx

CBS CORPORATION

VIACOM

BARCLAYS