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03/02/2016 13:16 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Vente de Rona: les gens d'affaires sont optimistes, les syndicats sont inquiets

Le milieu des affaires accueille avec un optimisme prudent l'acquisition de Rona par le géant américain Lowe's, alors que les syndicats représentant ses employés ne cachent pas leur inquiétude.

Mais même dans les milieux d'affaires, ce n'est pas sans un pincement de coeur que l'on a vu la chaîne de quincailleries passer à des mains américaines.

«C'est toujours triste de voir qu'une entreprise qui est issue de notre coin, du Québec, ultimement par son succès, devient tellement attirante qu'il y a des offres qui se font de l'extérieur», a admis le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval.

«Mais c'est la réalité du marché international des capitaux», a-t-il laissé tomber avec résignation, une attitude partagée par la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand.

«Nous vivons dans un univers d'économie mondiale. Nous avons des entreprises d'ici au Québec qui gagnent du terrain dans d'autres juridictions. Il faut accepter l'inverse», a-t-elle dit en marge d'une conférence de presse sur un autre sujet.

Les dirigeants des deux regroupements ont toutefois beaucoup insisté sur l'occasion que représente cette transaction pour les fournisseurs québécois de Rona, qui voient tout à coup les portes de Lowe's s'ouvrir aux États-Unis.

«(Il faut) faire en sorte que nos fournisseurs soient assez performants pour (...) qu'ils deviennent fournisseurs de Lowe's de façon plus globale et qu'ils gagnent de nouveaux marchés», a fait valoir Mme Bertrand.

«Pour eux, c'est tout à coup une ouverture extraordinaire pour continuer à se développer», a-t-elle soutenu.

À l'opposé, le risque que les fournisseurs américains de Lowe's — dont certains ont des capacités de production considérables — viennent s'imposer sur les tablettes des magasins Rona au détriment de leurs compétiteurs québécois est tout aussi réel, et le président de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), Éric Tétrault, a l'intention d'en discuter de vive voix avec l'acheteur.

«Nous avons offert à Lowe's d'avoir une rencontre bientôt pour leur parler de ça. Ce que je voudrais, c'est que la plupart des manufacturiers québécois, qui ont la capacité de soutenir une chaîne comme celle-là, soient capables de travailler avec Lowe's. Je n'ai pas de raison d'être inquiet à l'heure actuelle, mais j'aimerais les rencontrer», a-t-il confié.

Par contre, les craintes de voir le siège social devenir une coquille vide ne semble inquiéter personne, du moins à court terme.

«Les "jobs" restent au Québec, les magasins restent ouverts, moi je n'ai pas de craintes», a déclaré avec assurance M. Tétrault.

Son vis-à-vis du CPQ s'est aussi dit rassuré par les engagements pris par Lowe's de maintenir un siège social canadien pour les activités de ce côté de la frontière, mais il a apporté une nuance: «Il n'y a pas de garantie à vie pour ces choses-là», a dit M. Dorval, tout en faisant valoir que Lowe's pourrait aussi grandement bénéficier de l'expérience, de l'expertise et des compétences de Rona dans son secteur.

Du côté syndical, l'inquiétude est beaucoup plus vive.

Le syndicat des Teamsters, qui représente plus de 2000 employés de Rona, a rappelé par communiqué qu'une première tentative de prise de contrôle par Lowe's, en 2012, s'était heurtée à l'opposition du ministre des Finances de l'époque, Raymond Bachand.

Le président de la section locale 1999 des Teamsters, Serge Bérubé, dit avoir rencontré mercredi la nouvelle direction de l'entreprise et l'avoir avertie que le syndicat sera «très vigilant en ce qui a trait aux emplois» et ce, «malgré que la société américaine ait indiqué dans un communiqué de presse vouloir conserver la vaste majorité des emplois».

M. Bérubé note toutefois qu'«à ce stade-ci, rien n'indique que la transaction aura des répercussions sur les activités de Rona».

De son côté, la Fédération du commerce de la CSN, qui représente quelque 500 travailleurs de Rona, dit qu'il faudra s'assurer «que l'acquéreur respecte sa parole», en ce qui a trait au maintien des bannières et du siège social.

Dans un communiqué, le président de la Fédération, Serge Fournier, s'est demandé si «à terme (...) Lowe's va bel et bien garder la vaste majorité des employés actuels à son service comme elle le prétend?»

M. Fournier entend s'assurer que Lowe's «respecte les conditions de travail» de ses membres et «continue à entretenir le bon climat de travail» qui existe entre le syndicat et Rona.