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03/02/2016 08:45 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Ukraine: le ministre de l'Economie claque la porte et dénonce le blocage des réformes

Le ministre ukrainien de l'Economie, acteur central de la lutte anticorruption, a claqué mercredi la porte du gouvernement, accusant le pouvoir de bloquer les réformes promises alors que le pays est embourbé depuis deux ans dans une grave crise économique.

"Aujourd'hui, j'ai décidé de démissionner de mes fonctions de ministre du Développement économique et du Commerce d'Ukraine. La raison est la soudaine intensification des tentatives de blocage de réformes importantes et systémiques dans notre pays", a déclaré Aivaras Abromavicius lors d'une conférence de presse.

Dénonçant "des mesures actives visant à paralyser notre travail de réformes", il a cité notamment des tentatives d'imposer des personnes "douteuses" dans son équipe et à des postes clés dans les entreprises publiques.

Arrivé à ce poste en décembre 2014, après la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch et l'arrivée au pouvoir des pro-occidentaux qui promettaient d'enrayer le fléau de la corruption, ce Lituanien, ancien cadre dirigeant d'un fonds suédois, avait promis d'utiliser les "méthodes les plus radicales" pour réformer le pays.

Avec la ministre des Finances d'origine américaine Natalie Jaresko, le ministre âgé de 40 ans, était considéré comme un homme clé dans l'application des réformes promises par le président Petro Porochenko et demandées par les bailleurs de fonds de Kiev comme le Fonds monétaire international.

"Je pense qu'Aivaras devrait rester ministre et poursuivre les réformes", a écrit sur le réseau social Facebook M. Porochenko après avoir rencontré M. Abromavicius.

Le président, selon la constitution ukrainienne, n'a aucun pouvoir sur la formation du gouvernement.

Dans une déclaration commune, plusieurs ambassadeurs occidentaux à Kiev, notamment américain, britannique, français et allemand, se sont dits "très déçus" de cette démission.

"Il est important que les dirigeants de l'Ukraine mettent de côté leurs différends, laissent dans le passé les intérêts qui ont empêché les progrès dans le pays depuis des décennies, et aillent de l'avant concernant les réformes indispensables", ont-ils plaidé.

L'ambassadeur des Etats-Unis à Kiev Geoffrey Pyatt a salué sur son compte Twitter un "des grands champions des réformes du gouvernement".

- 'Corruption flagrante' -

Investisseurs et analystes s'accordent pour dire que la corruption reste un frein considérable au développement de l'Ukraine, pays engagé depuis deux ans dans un conflit armé meurtrier avec des séparatistes prorusses dans l'Est, en profonde crise économique et sous perfusion financière.

Dans son classement 2015 sur la perception de la corruption, l'organisation Transparency International a classé le pays 130e sur 168, en amélioration d'un seul point par rapport à 2014.

Selon l'économiste Olexandre Parachtchi, de la société d'investissement Concorde Capital, cette démission choc, qui doit encore être approuvée par le Parlement, est "un signal inquiétant pour les investisseurs étrangers".

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a regretté une décision prise "sous pression politique": "Démissionner c'est fuir le champ de bataille".

Pour expliquer son départ, M. Abromavicius a dénoncé "une tentative claire d'établir un contrôle sur les flux financiers, en premier lieu au sein de (l'opérateur gazier ukrainien, ndlr) Naftogaz, ainsi que dans l'industrie de la défense".

"Mon équipe et moi ne voulons pas servir de couverture à une corruption flagrante, être des marionnettes sous le contrôle de ceux qui veulent, à l'image de l'ancien pouvoir, établir un contrôle sur l'argent public", a-t-il martelé.

Il a dénoncé nommément Igor Kononenko, l'un des chefs de file du "Bloc Porochenko" au Parlement et considéré dans les médias comme l'une des éminences grises du président ukrainien.

Selon le ministre démissionnaire, M. Kononenko, appuyé par l'administration présidentielle, a tenté de lui imposer la nomination d'un adjoint chargé notamment de Naftogaz, société qui gère les difficiles relations avec le russe Gazprom.

M. Kononenko a qualifié ces déclarations de "réaction émotionnelle", selon l'agence Interfax.

Les accusations de M. Abromavicius ont été appuyés par une haute figure de la lutte anti-corruption en Ukraine : le gouverneur de la région d'Odessa et ex-président géorgien, Mikheïl Saakachvili, en conflit ouvert avec M. Iatseniouk.

"Toutes nos initiatives visant à remplacer les chefs d'entreprises publiques sont bloquées personnellement par le Premier ministre sous l'impulsion d'Igor Kononenko et d'autres groupes de pression", a-t-il écrit sur sa page Facebook, appelant à un remaniement ministériel.

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