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03/02/2016 13:00 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Toujours donner des antibiotiques à des enfants mal-nourris remis en question (étude)

Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) d'administrer systématiquement des antibiotiques aux enfants souffrant de malnutrition ont été remises en cause mercredi, car souvent ils n'améliorent pas le rétablissement mais accroissent les risques de résistance microbienne.

Les auteurs d'une étude publiée mercredi dans la revue médicale américaine New England Journal of Medicine suggèrent de changer la pratique médicale dans les pays en développement pour les enfants mal-nourris traités à domicile près d'infrastructures médicales adéquates.

En outre, selon eux, réduire ces traitements antibiotiques routiniers serait prudent vu les inquiétudes suscitées au niveau mondial par le problème grandissant de la résistance microbienne.

Ces conclusions remettent en cause les directives de l'OMS préconisant que les enfants souffrant de malnutrition aigüe soient toujours traités avec des antibiotiques qu'ils en aient besoin ou pas.

Ces résultats "nous ont surpris car ils vont à l'encontre des directives actuelles de l'OMS et des conclusions d'un récent essai clinique bien exécuté au Malawi", a relevé Sheila Isanaka, professeur de nutrition à la faculté de santé publique de l'université de Harvard (Massachusetts).

"Nous espérons que ce nouvel éclairage va déboucher sur une analyse plus approfondie des recommandations actuelles de l'OMS et des données sur lesquelles elles s'appuient", a-t-elle ajouté.

La malnutrition sévère contribue à une mortalité infantile élevée dans de nombreux pays en développement, affectant environ 34 millions d'enfants de moins de cinq ans.

Des infections bactériennes peuvent entraîner des complications, ce qui a conduit l'OMS en 1999 à recommander que tous les enfants mal-nourris soient hospitalisés et traités avec des antibiotiques pour réduire le risque de mortalité.

Mais, dernièrement, un nombre grandissant d'enfants mal-nourris ont reçu des antibiotiques avant même de tomber gravement malades et sans aller à l'hôpital.

Les chercheurs ont suivi 2.399 enfants âgés de six à 59 mois vivant dans des zones rurales au Niger qui souffraient de malnutrition sans complication.

Pendant une semaine, la moitié a reçu un antibiotique, l'amoxicilline, et l'autre un placebo: 65,9% des enfants traités à l'antibiotique se sont rétablis, contre à 62,7% dans l'autre groupe.

Les chercheurs ont conclu qu'il n'y avait pas de différence significative dans les chances de rétablissement entre les deux groupes.

Des scientifiques des ONG françaises Epicentre et Médecins sans Frontières (MSF) ainsi que de l'UNICEF et du ministère nigérien de la Santé ont participé à cette étude financée par MSF.

js/elm