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03/02/2016 02:41 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

Syrie: le processus enlisé à Genève mais Moscou n'a aucune intention d'arrêter ses bombardements

Le chef de l'opposition Riad Hijab devait arriver mercredi à Genève, où les pourparlers de paix sur la Syrie sont totalement enlisés, l'opposition réclamant un arrêt des bombardements russes que Moscou n'a nullement l'intention de stopper.

"Je ne vois pas pourquoi ces frappes devraient s'arrêter", a clairement déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov depuis Mascate, où il est en visite. "Les frappes aériennes russes ne s'arrêteront pas tant que nous n'aurons pas réellement vaincu les organisations État islamique et le Front Al-Nosra", la branche syrienne d'Al-Qaïda en Syrie, a-t-il dit, cité par l'agence Interfax.

Une fin de non-recevoir aux demandes de l'opposition syrienne à Genève, qui a dénoncé un "nouveau massacre" dans la région d'Alep (nord), où les forces pro-régime appuyées par l'aviation russe, progressent depuis lundi. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les Russes ont effectué 320 frappes depuis lundi dans ce secteur, tuant 18 civils mardi.

L'opposition, regroupée dans un Haut comité des négociations (HCN), refuse d'entrer dans la négociation à Genève tant que les bombardements n'auront pas cessé et que la situation humanitaire ne sera pas améliorée sur le terrain.

"Des gens capricieux sont apparus (au sein de l'opposition syrienne, ndlr), qui commencent à avoir des exigences qui n'ont rien à voir avec les principes" devant régir les pourparlers de paix, a répliqué M. Lavrov depuis Mascate.

L'armée russe mène depuis le 30 septembre une intense campagne de frappes aériennes qui a permis à l'armée loyale au président Bachar al-Assad de reprendre la main sur le terrain, et à la délégation du régime syrien présente à Genève d'apparaître en position de force.

Les pourparlers de Genève, laborieusement mis en place par l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura, sous forte pression internationale, n'ont toujours pas décollé depuis six jours. Les discussions indirectes entre régime et opposition sont censées enclencher un processus politique pour mettre fin à une guerre sanglante qui a fait plus de 260.000 morts et des millions de réfugiés en cinq ans.

- 'Zéro confiance' -

"L'échec est toujours possible", a reconnu mardi soir M. de Mistura sur la Radio Télévision Suisse. "Mais s'il y a un échec cette fois-ci, il n'y aura plus d'espoir", a-t-il mis en garde. En février 2014, déjà en Suisse, une première tentative de discussions entre les deux belligérants s'était soldée par un fiasco.

Deux ans plus tard, "le niveau de confiance entre les deux parties est proche de zéro", a reconnu M. de Mistura sur la BBC.

D'un côté, le régime de Damas se plaint de ne pas avoir d'interlocuteur "sérieux" pour entrer dans les discussions indirectes. "Nous attendons toujours de savoir avec qui nous allons négocier et sur quel ordre du jour", a déclaré mardi le chef de la délégation gouvernementale, l'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari.

De l'autre côté, l'opposition, qui regroupe des politiques et des militaires, est dans une position très délicate, écartelée entre sa volonté de ne pas apparaître comme celle qui ferait échouer un processus de paix, et son refus d'entrer dans une négociation alors que la guerre ne connaît aucun répit.

Le coordinateur du Haut Comité des Négociations (HCN, opposition) Riad Hijab était attendu mercredi à Genève, et les parrains internationaux de l'opposition espèrent que sa présence aidera à débloquer le processus.

"Avec Hijab ici, le HCN aura davantage la capacité d'afficher une position unifiée de l'opposition", a commenté un diplomate occidental. "Il s'agit d'un processus très compliqué qui nécessite que les acteurs poursuivent constamment le dialogue", a-t-il ajouté.

"Les choses vont trop vite pour l'opposition. Cela a été difficile pour eux de venir à Genève, et ils ont le souci constant de maintenir la crédibilité auprès de leur base. Comment accepter d'entrer dans une négociation quand vous avez une pression militaire sans précédent ?", a estimé un autre diplomate occidental, en comparant les bombardements russes en Syrie à la guerre en Tchétchénie, république séparatiste russe dont la capitale Grozny fut littéralement rasée il y a 20 ans.

Outre l'arrêt des bombardements, l'opposition réclame aussi la libération des détenus et la levée des sièges d'une quinzaine de villes syriennes.

Les Nations unies estiment à près de 500.000 le nombre de personnes vivant en état de siège en Syrie.

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