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03/02/2016 07:39 EST | Actualisé 03/02/2017 00:12 EST

L'énigme de l'incendie du Parlement n'est toujours pas résolu

OTTAWA — Il est difficile, de nos jours, de s'imaginer le traumatisme, l'anxiété, le choc et la colère provoqués par l'incendie qui a rasé le parlement fédéral, le 3 février 1916.

Ce soir-là, par une température polaire, sept personnes ont péri dans cette tragédie qui avait transformé l'ancien édifice du Centre — où avaient scintillé les étoiles des Macdonald, des Tupper, des Bowell et des Laurier — en ruines fumantes. Parmi les tués figurait un député: Bowman Brown Law, de la Nouvelle-Écosse.

«La grande tour a vaillamment lutté pour son existence. Toujours debout alors que ses appuis disparaissaient en flammes, elle envoyait des lueurs dorées dans le ciel hivernal, avait alors écrit un journaliste du Ottawa Citizen, Charles Bishop. Finalement elle s'abattit au sol, s'écroulant sur le hall et portant avec elle la vieille horloge toujours illuminée qui compta les secondes jusqu'à la fin.»

Au lendemain du drame, les députés siégèrent au musée commémoratif Victoria (aujourd'hui, le Musée canadien de la nature). «À un certain moment, la voix de Sir Wilfrid (Laurier) faiblit et se brisa», peut-on lire dans un article du «Ottawa Journal» au sujet du discours prononcé par le chef libéral pour l'occasion. «Le vieil homme d'État, dont l'éloquence avait souvent trouvé écho dans la Chambre des communes, maintenant en ruine, fut défait par l'émotion.»

Wilfrid Laurier ne mit jamais les pieds dans le nouvel édifice. Il mourut en 1919, un an avant que les députés purent y siéger, trois ans avant son achèvement.

Énigme

L'incendie qui a ravagé la colline parlementaire est l'une des plus grandes énigmes de l'histoire canadienne.

Parce que la tragédie s'est déroulée au coeur de la Première Guerre mondiale, plusieurs ont cru, à l'époque, que l'incendie avait été allumé par des saboteurs allemands.

Quelques semaines auparavant, un louche homme d'affaires américain avait déclaré à un rédacteur en chef d'un journal que les Allemands prévoyaient une attaque contre Ottawa. À l'époque, les Américains n'avaient toujours pas déclaré la guerre à l'Allemagne. Les autorités judiciaires américaines auraient été au courant mais ne seraient pas parvenues à avertir les Canadiens.

Le feu avait-t-il été causé par une main criminelle? Un fumeur négligent? Une mauvaise installation électrique? Une enquête officielle ne put en arriver à une conclusion ferme à ce sujet.

«On peut analyser tous les faits et les faire correspondre à ces théories du mieux que l'on peut. On peut ensuite en tirer ses propres conclusions», dit Don Nixon, un ancien ingénieur à la retraite, auteur du livre «The Other Side of the Hill».

«Selon moi, cet incendie a probablement été allumé de façon délibérée. Je dis 'probablement' parce que nous ne savons pas. Tout ce que l'on sait à son propos semble pointer dans cette direction.» 

La Chambre des communes étaient en session ce soir-là quand l'incendie éclata dans une salle de lecture du Parlement. Les flammes se sont rapidement propagées, avec l'aide d'un vieux système d'aération.

Le président de la Chambre, Albert Sévigny, s'est empressé de faire sortir ses enfants et sa femme de l'immeuble alors que le brasier atteignait ses appartements. Deux invitées de sa femme périrent d'inhalation. «J'ai réalisé que mes pauvres amies étaient mortes et je me suis écroulé. Deux de mes employés m'ont sorti», avait raconté M. Sévigny lors d'une audience de la commission d'enquête.

Le ministre de l'Agriculture, Martin Burelle, avait souffert de brûlures aux mains et au visage. Le premier ministre Robert Borden avait dû évacuer l'immeuble sans son manteau ni son chapeau, malgré la nuit glaciale.

Des journalistes avaient, de façon téméraire, grimpé à une fenêtre pour pouvoir entrer dans leur bureau et récupérer leur précieuse machine à écrire.

«A ce moment-là, une grande foule s'était rassemblée, écrit l'un d'entre eux dans ses mémoires. Un froid cinglant régnait. Les gens, piégés dans l'édifice, descendaient les échelles ou sautaient dans la neige accumulée sous les fenêtres.»

Les députés retournèrent dans l'actuel immeuble, pas encore achevé, en 1920.

Il ne reste que fort peu de choses dans l'actuel édifice du Centre pour rappeler son prédécesseur.

Le tout récemment rénové édifice de l'Ouest en grès de Potsdam peut rappeler la grandeur de l'ancien édifice du Centre à son apogée.

Le grand portrait de la reine Victoria jeune que l'on peut voir dans le foyer du Sénat a été détaché de son cadre ce soir-là par des employés d'une grande vivacité d'esprit.

Plus important encore: la Bibliothèque du Parlement. Ses vieilles boiseries de pin blanc et autres panneaux de bois sont une réminiscence de l'ancien édifice du Centre.

Une porte de fer et le travail d'un grand nombre de pompiers avaient permis de sauver la structure et les livres qu'elle renfermait.

«Tout l'immeuble était un oeuvre d'art. De ce point de vue, il s'agit d'une perte sans prix, affirme Lucile Finsten, co-auteure du livre «Fire on Parliament Hill!» paru en 1988.

L'actuelle conservatrice de la collection patrimoniale de la Chambre des communes, Johanna Mizgala, indique que la petite alcôve à l'extérieur de la bibliothèque provient de l'ancien édifice du Centre, quelque chose que peu de visiteurs ou même d'élus savent.

«On pense que la bibliothèque est une entité séparée parce que l'édifice original n'existe plus. De la façon que les plans avaient été dessinés, ce n'était pas une bibliothèque et un immeuble, c'était un tout, dit-elle. On peut voir la différence entre les deux sortes de pierre qui furent utilisées. On perçoit à quoi les murs et l'ancien édifice pouvaient rassembler.»