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01/02/2016 11:01 EST | Actualisé 01/02/2017 00:12 EST

Le Canada et ses deux solitudes littéraires

Le livre québécois peine à faire sa place dans les librairies ailleurs au Canada. Une rencontre visant à rapprocher éditeurs anglophones et francophones a eu lieu la semaine dernière à Montréal. Un premier pas.

La rencontre annuelle de la Foire des droits de traduction s'est terminée vendredi à l'Université McGill. À l'initiative du Conseil des arts du Canada, ce « speed-dating  » du livre a permis aux éditeurs francophones et anglophones de se rencontrer, d'échanger des idées et de choisir des œuvres à traduire.

C'est que dans le domaine de l'édition, les deux solitudes se rencontrent rarement, et selon Alana Wilcox, directrice de la rédaction de la maison d'édition torontoise Coach House Books, il est temps de faire preuve de plus d'ouverture.

« Avant cette initiative, les éditeurs canadiens et québécois se rencontraient plutôt dans des foires internationales du livre comme celles de Francfort et de Londres », explique Arash Mohtashami-Maali, du Conseil des arts du Canada.

La littéraire québécoise, moins exotique

Pourquoi peu de livres d'auteurs québécois sont-ils traduits dans le reste du Canada? Les lecteurs canadiens-anglais sont réticents à lire des œuvres d'auteurs québécois francophones traduites. Ces livres se retrouvent rarement parmi les meilleurs vendeurs du reste du Canada.

« Pour une raison que j'ignore, les gens pensent que lire un livre qui a été traduit sera plus ardu ou moins satisfaisant [que la version originale], explique Steven Beattie, du magazine littéraire Quill & Quire.

Pourtant, ces lecteurs sont friands d'œuvres littéraires étrangères traduites en anglais, comme celles du Suédois David Lagercrantz et du Norvégien Jo Nesbo. Selon plusieurs observateurs du milieu littéraire, le livre québécois semble moins exotique que celui écrit à des milliers de kilomètres.

Dan Wells, de l'éditeur Biblioasis Press de Windsor en Ontario, explique également que « les livres québécois traduits en anglais reçoivent moins d'attention dans les journaux nationaux et ont moins accès aux prix littéraires. »

Depuis quelques années, Dan Wells a publié plusieurs traductions d'œuvres québécoises, dont Arvida de Samuel Archibald, qui était en nomination au prestigieux prix Giller.

Mais « l'ensemble de l'infrastructure culturelle, à bien des égards, est en quelques sorte opposée à la traduction », croit-il.

Des trésors cachés

Pour Steven Beattie, en craignant les nouveautés littéraires québécoises traduites, les lecteurs canadiens-anglais boudent leur plaisir.

Certaines connaissent même un joli succès : par exemple, Nikolski, de Nicolas Dickner, ou encore Ru, de Kim Thúy, qui ont tous les deux remporté la joute littéraire de CBC Canada Reads.

Selon l'éditrice anglophone de Dickner, Marion Garner de Random House of Canada, 3000 exemplaires du livre en anglais (dont la traduction est signée Lazer Lederhendler) avaient été imprimés initialement. Depuis, avec « l'effet Canada Reads », le chiffre a grimpé à 45 000 exemplaires, un chiffre à faire pâlir les meilleurs vendeurs.