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01/02/2016 07:09 EST | Actualisé 01/02/2017 00:12 EST

L'armée israélienne bloque l'accès à Ramallah aux non-résidents

L'armée israélienne a interdit lundi l'accès de Ramallah aux non-résidents au lendemain d'une attaque contre des soldats, compliquant encore la vie quotidienne des Palestiniens en Cisjordanie occupée.

C'est la première fois que l'armée prend une telle mesure pour la ville où siège le pouvoir palestinien, depuis le début en octobre de la vague actuelle de violences.

Cette série d'attaques anti-israéliennes quasiment quotidiennes s'est poursuivie lundi: un Palestinien, identifié par la police palestinienne comme Ahmed Toba, âgé de 17 ans, a tenté de poignarder des soldats israéliens qui s'apprêtaient à le contrôler près de la colonie de Salit en Cisjordanie, a indiqué l'armée israélienne. "Face à la menace immédiate, les soldats l'ont abattu", a-t-elle dit.

La veille, un membre de la sécurité palestinienne, Amjad Soukkari, avait ouvert le feu sur des soldats israéliens et blessé trois d'entre eux au checkpoint de Beit-El, juste à l'entrée de Ramallah. Il a été abattu.

L'appareil sécuritaire israélien semble s'être alarmé du risque que d'autres Palestiniens autorisés à porter une arme à feu ne s'en servent contre des Israéliens.

Amjad Soukkari, âgé d'une trentaine d'années, était un garde du corps du procureur général de l'Autorité palestinienne.

La plupart des attaques menées ces quatre derniers mois contre des civils, des soldats ou des policiers israéliens ont été le fait de Palestiniens isolés, jeunes voire très jeunes, et armés de couteaux.

- "Je ne passerai pas" -

L'armée israélienne a indiqué qu'elle maintiendrait ou lèverait les restrictions en fonction de l'évolution de la situation. Un responsable militaire a laissé entendre à l'AFP qu'elles pourraient ne guère se prolonger. Sur le terrain, l'armée est plus soucieuse de contrôler les sorties de Ramallah pour empêcher des éléments violents venus de la ville de perpétrer des attentats de l'extérieur, a-t-il dit.

Le checkpoint de Beit-El, ainsi que les autres donnant sur le nord de la Cisjordanie, ont été fermés lundi matin, à l'exception d'un seul, ont constaté des journalistes de l'AFP. Là, de longues files de véhicules, contrôlés un à un par des soldats israéliens, se sont formées dans le sens de la sortie.

"Combien de temps cela va-t-il durer?", se demandait Aline, une Palestinienne d'une trentaine d'années passagère des taxis jaunes caractéristiques. "A chaque fois que quelqu'un tire sur les soldats israéliens ? Ce n'est pas le président (palestinien) qui souffre, ce sont les gens normaux", se désole-t-elle.

Les diplomates ou les humanitaires, nombreux à se rendre à Ramallah chaque jour, paraissaient circuler sans encombre, ont indiqué plusieurs d'entre eux à l'AFP.

Mahdi Zaïd, lui, a dû descendre au checkpoint du bus qui devait l'emmener de Ramallah à Naplouse. Un premier soldat israélien "a commencé par prendre mes papiers, il les a contrôlés, me les a rendus et tout était bon, jusqu'à ce qu'un autre n'arrive, ne prenne mes papiers, s'éloigne cinq ou dix minutes et revienne me dire que je ne passerais pas", relate le jeune homme de 28 ans.

- Les juges israéliens attendus -

"Je devais passer un examen d'embauche. Cela faisait un an que j'attendais ça", dit-il avec fatalisme.

Les violences en cours ont fait 161 morts palestiniens, 25 israéliens, un américain et un érythréen depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP. La majorité des Palestiniens tués sont des auteurs ou auteurs présumés d'attaques.

Le mouvement, qui a réveillé le spectre d'une troisième intifada, est spontané, s'accordent les analystes. Il résulte, surtout dans la jeunesse, des vexations de l'occupation, de l'absence de toute perspective proche d'indépendance, des frustrations économiques et du discrédit des autorités palestiniennes, conviennent maints experts. Israël accuse ces dernières ainsi que les médias d'attiser les haines.

Deux décisions imminentes suscitent une attente forte. Elles touchent à l'assassinat de l'adolescent palestinien Mohammad Abou Khdeir par trois juifs. Le crime avait contribué à l'escalade des violences menant à la guerre de Gaza en juillet-août 2014.

Un tribunal de Jérusalem devrait dire mardi si Yosef Haim Ben David, accusé d'être le principal instigateur du meurtre et seul majeur au moment des faits, était sain d'esprit. Les Palestiniens risqueraient de considérer comme un déni de justice qu'il soit déclaré pénalement irresponsable. Le même tribunal doit rendre jeudi son verdict contre les deux autres accusés, mineurs en juillet 2014.

bur-lal/hj