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01/02/2016 05:47 EST | Actualisé 01/02/2017 00:12 EST

Kadyrov menace un opposant russe dans une vidéo où il le met virtuellement en joue

L'homme fort de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, lancé dans un combat contre les opposants au Kremlin qu'il qualifie d'"ennemis du peuple", a publié lundi une vidéo dans laquelle il met virtuellement en joue l'ancien Premier ministre et opposant Mikhaïl Kassianov.

Lors d'un voyage à Strasbourg, le dirigeant de Parnas, l'un des principaux partis de l'opposition russe, Vladimir Kara-Mourza, une autre figure de Parnas, et une femme politique estonienne, Mailis Reps, ont été filmés par une équipe de la chaîne de télévision proche du pouvoir LifeNews.

Sur son compte Instagram, le président tchétchène reprend quelques secondes d'un sujet de LifeNews et y ajoute un filtre de viseur de fusil à lunettes (https://www.instagram.com/p/BBOBqdPCRj2/).

"Kassianov est allé à Strasbourg pour recevoir de l'argent pour l'opposition russe", écrit M. Kadyrov en légende, reprenant le titre du reportage de LifeNews dont l'équipe a suivi plus ou moins discrètement, les opposants lors de leur séjour français le 25 et 26 janvier.

Dans un communiqué, l'ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov dénonce la vidéo et estime que Ramzan Kadyrov "a été nommé personnellement à ce poste par Vladimir Poutine", qui est "personnellement responsable de (ses) actions".

"Que ce soit M. Kassianov ou moi, nous considérons cette vidéo comme un appel au meurtre", a déclaré à l'AFP M. Kara-Mourza. "Nous estimons qu'elle est le résultat du climat d'impunité qui règne en Russie depuis l'assassinat de Boris Nemtsov", opposant russe tué par balles au pied du Kremlin en février 2015.

"Kadyrov appelle les personnes ayant tué Boris Nemtsov de +vrais patriotes", fait remarquer M. Kassianov, chef du gouvernement de 2000 à 2004 lors du premier mandat présidentiel de Vladimir Poutine.

Interrogé par des journalistes, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a affirmé "ne pas suivre le compte Instagram de Kadyrov". "Nous allons voir de quoi il s'agit", a-t-il promis.

"Des personnes instables mentalement pourraient penser que ce dirigeant d'une région russe appelle au meurtre d'une figure politique et prendre ses paroles à la lettre", s'est inquiété de son côté le conseiller pour les droits de l'Homme auprès du président russe, Mikhaïl Fedotov.

Les deux opposants russes participaient à la session plénière de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) consacrée à l'enquête sur le meurtre de M. Nemtsov. Dans cette enquête, la justice russe soupçonne des Tchétchènes.

Ramzan Kadyrov n'en est pas à sa première menace contre les opposants au Kremlin. Mi-janvier, il proposait d'interner en hôpital psychiatrique l'opposition libérale et médias indépendants, qu'il qualifiait de "traîtres à la patrie" et "ennemis du peuple".

Plusieurs personnes ayant critiqué ses milices puis sa gestion à poigne ont été tuées au cours des dix dernières années, notamment la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa assassinée en octobre 2006 ou Natalia Estemirova, la représentante de l'ONG Mémorial à Grozny, tuée en 2009.

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