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01/02/2016 08:26 EST | Actualisé 01/02/2017 00:12 EST

A Genève, l'opposition syrienne entre avec prudence dans des discussions avec l'ONU

Déterminée à arracher des gages pour les civils syriens, l'opposition au président Bachar al-Assad discute officiellement lundi avec l'ONU à Genève, mais n'a pas encore donné son feu vert pour des négociations indirectes avec le régime.

Le Haut comité des négociations (HCN), vaste coalition d'opposants politiques et de groupes armés, a entamé dans l'après-midi sa première réunion officielle avec l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Depuis plusieurs jours, le HCN répète ses conditions avant l'ouverture de négociations: l'arrêt des bombardements, la levée des sièges et la libération de détenus, cette dernière étant probablement la plus facile à réaliser, selon une source diplomatique.

Preuve de l'urgence à agir: huit habitants de Moadamiyat al-Cham, une ville assiégée par des forces loyalistes, sont morts en janvier faute d'assistance médicale, a rapporté lundi le bureau des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha). Samedi, MSF avait de son côté annoncé que 46 personnes étaient mortes de faim depuis le 1er décembre à Madaya (ouest), une ville près de Damas assiégée par les forces du régime.

Pour son premier déplacement dans l'imposant Palais des Nations, la délégation du HCN n'était pas menée par son négociateur en chef, le chef rebelle islamiste Mohammed Allouche, dont l'arrivée à Genève a été retardée.

Ce responsable du groupe d'inspiration salafiste Jaïch al-Islam (l'armée de Dieu) est qualifié de "terroriste" par Damas et son allié russe.

Le HCN a accepté cette rencontre après avoir reçu "des assurances" de ses "amis" dans la communauté internationale et "une réponse positive de l'émissaire spécial de l'ONU", selon l'un de ses porte-parole, Salem al-Meslet.

Ce dernier "leur a fait une proposition" lors d'une viste de courtoisie dimanche, a rapporté une source diplomatique sans préciser son objet.

Selon cette source, le HCN est très méfiant vis-à-vis du régime mais aussi de l'ONU, et veut "des choses tangibles et visibles tout de suite".

- Pas d'amnistie -

En attendant l'issue de son rendez-vous avec l'opposition, M. de Mistura, qui avait rencontré vendredi les représentants du régime de Damas, a reporté à mardi 10H00 GMT un nouvel entretien avec eux, initialement prévu lundi.

Depuis Mascate, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué le début des discussions, "qui se sont fait attendre depuis trop longtemps".

L'ONU espère mettre en place un dialogue indirect entre les deux camps, avec des émissaires chargés de faire la navette. Ce processus pourrait s'étendre sur six mois, délai fixé par l'ONU pour aboutir à une autorité de transition qui organiserait des élections à la mi-2017.

Si ces tractations s'engagent, elles ne devront en aucun cas permettre d'amnistier les auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité, a tenu à souligner lundi le haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme.

"Nous espérons qu'au cours des négociations, les médiateurs insisteront bien évidemment sur ce point auprès des parties au conflit", a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein.

Le processus de dialogue a été relancé en novembre par les puissances occidentales, la Russie, les pays arabes, l'Iran et la Turquie et leurs diplomates s'agitent en coulisses depuis plusieurs jours.

La secrétaire d'Etat adjointe américaine pour le Moyen-Orient, Anne Patterson et l'émissaire des Etats-Unis pour la Syrie, Michael Ratney, devaient ainsi rencontrer lundi le vice-ministre des Affaires étrangères russe Guennadi Gatilov.

La communauté internationale cherche une issue négociée à la guerre en Syrie qui, depuis mars 2011, a fait plus de 260.000 morts et forcé des millions de personnes à quitter leur foyer.

Le chaos syrien a également permis l'essor du groupe Etat islamique qui a conquis de larges pans du territoire. Dimanche, un attentat anti-chiite revendiqué par l'EI a encore tué au moins 70 personnes, près de Damas.

La coalition anti-EI menée par les Etats-Unis se retrouvera d'ailleurs à Rome mardi, où se trouve le secrétaire d'Etat américain John Kerry, et pourraient évoquer le dossier syrien.

Par ailleurs, une conférence des donateurs est prévue jeudi à Londres pour lever des fonds en faveur des 13,5 millions de personnes en situation de vulnérabilité en Syrie et aux 4,2 millions de réfugiés.

L'an dernier l'ONU et ses agences avaient réclamé 8,4 milliards de dollars pour les Syriens mais n'en avait reçu que 3,3 milliards.

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