DIVERTISSEMENT
31/01/2016 02:13 EST | Actualisé 31/01/2016 02:28 EST

«Otello» de Verdi: la douleur d'aimer et de mourir

Yves Renaud

Pour son premier spectacle de l’année, l’Opéra de Montréal s’est attaqué au classique, Otello de Giuseppe Verdi. L’œuvre du compositeur italien dirigée par la chef d’orchestre Keri-Lynn Wilson est fidèlement reconstituée au fil d’un récit où l’amour d’Otello pour sa belle Desdemone est le théâtre d’une vile machination.

Adaptée de la pièce de William Shakespeare auquel le maestro Verdi vouait une véritable fascination, l’histoire tirée du livret d’Arrigo Boito est connue. De retour de guerre, le victorieux Otello est accueilli chez lui à Chypre, alors sous l’autorité vénitienne, avec les acclamations de la population. Sans prélude, ce chapitre fameux dans lequel un chœur de plusieurs dizaines d’interprètes entonne «Viva! Evviva! Viva il Leon di San Marco!» à la gloire du Maure de Venise

Mais la fête sera de courte durée, car aussitôt les esprits s’échauffent. Dans un décor silencieux de vieux monuments en pierre, Cassio, lieutenant d’Otello, est enivré par Iago qui le jalouse secrètement pour avoir été promu à sa place. Après une bataille à l’épée, Cassio est finalement dégradé de son titre.

Il s’agit de la première pierre du plan diabolique mené par Iago qui voudrait bien voir le Maure chuter de son trône. Tout au long de cet opéra en quatre actes, ce dernier manipule Otello à sa guise pour lui faire croire que Desdemone le trompe avec l’innocent Cassio.

D’ailleurs, l’un des moments forts est sans aucun doute la scène où le couple se querelle pour la première fois au même moment où Iago vole à sa compagne soumise le voile de Desdemone. Un enchevêtrement de quatre voix, un pur enchantement annonciateur de drames futurs.

Une soprano lumineuse

Presque tous les interprètes jouent à niveau, mais certains s’en tirent avec les grands honneurs. Au premier plan, la soprano Hiromi Omura qui incarne une Desdemone à fleur de peau. Sublime dans tous les tableaux, elle campe l’épouse tendre et incomprise d’Otello avec nuance et passion.

En fait, elle est si bonne, sa voix si claire et portante, qu’elle fait souvent ombrage à son partenaire Kristian Benedikt dans les habits d’Otello. Sa carrure en forme de tonneau laissait pourtant présager un organe plus puissant. Vu les difficultés d’un tel rôle, la prestation du ténor lithuanien est tout à fait acceptable, mais on aurait espéré plus de flamboyance et surtout plus de subtilité.

Aussi, on est souvent déçu des rencontres intimes entre les deux amoureux. Si Omura est littéralement porté par son rôle (tremblante, elle n’hésite pas à poser sa tête sur l’épaule du ténor implorant son pardon pour une infidélité qu’elle n’a pas commise), Benedikt semble mal incarné dans cette union malmenée par la jalousie.

Mention spéciale au baryton grec Aris Argiris (Iago) et au ténor québécois Antoine Bélanger (Cassio) qui incarnent tour à tour, le mal absolu et la triste naïveté. Quant à la mise en scène assez classique, elle offre quelques moments réjouissants comme lors de la présence de tous les figurants aux costumes fastueux et entourant un Otello vacillant, véritable portrait sans concession de toutes les faiblesses humaines.