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31/01/2016 06:00 EST | Actualisé 31/01/2017 00:12 EST

Le report des élections est "un pas en arrière" pour la chef de la mission de l'Onu en Haïti

Face un vide potentiel du pouvoir en Haïti, suite au report sine die des scrutins présidentiels et législatifs du 24 janvier, Sandra Honoré, la chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) réfute les accusations d'ingérence internationale.

Question: Les opposants au président Michel Martelly et certaines organisations de la société civile dénoncent une ingérence de la communauté internationale dans l'actuel dialogue entre les acteurs politiques haïtiens pour trouver une issue à la crise électorale. Que répondez-vous à ces accusations ?

Réponse: "Je démens cette notion que la communauté internationale cherche à exercer une influence sur le processus électoral.(...)Ces négociations se font entre les acteurs haïtiens. Les Nations Unies ne participent pas aux négociations et ceci est une manifestation patente du désir du Conseil de sécurité, dans sa déclaration de vendredi, qui a mis le point sur le fait qu'un accord prévoyant un plan d'action devrait être établi et conduit par les Haïtiens. C'est donc un processus haïtiano-haïtien pour arriver à une issue qui soit consensuelle et acceptable pour les principaux intéressés dans l'intérêt du peuple haïtien".

Q: La précédente expérience d'un gouvernement de transition en Haïti, en 2004, ne devait durer que quatre mois mais ne s'était finalement achevée qu'en 2006. Ne craignez-vous pas de voir s'éterniser le pouvoir intérimaire qui devrait prochainement être mis en place?

R: "Ce qui me donne de l'espoir est le fait que, dans les opinions que j'entends de la société civile haïtienne, de l'opposition, des organisations non gouvernementales, des autorités, du parlement, il y a un dénominateur commun qui est l'urgence pour qu'une issue soit trouvée pour préserver les acquis démocratiques d'Haïti. Notre position est qu'il y a urgence de trouver une résolution, que le pays doit aller de l'avant et que l'arrangement pour la gouvernance, qui se fera comme fruit de ces négociations, soit un arrangement assez limité dans le temps pour que le pays puisse retrouver le chemin avec un chef d'Etat élu et d'un gouvernement qui jouit de la ratification par l'assemblée nationale pour continuer à concentrer les énergies du pays sur les grands problèmes socio-économiques auxquels il fait face".

Q : Cela fait bientôt 12 ans que la Minustah est déployée en Haïti avec notamment pour mandat "d'appuyer le processus constitutionnel et politique", selon les termes de résolution créant la mission en 2004. Le fait que les élections aient encore été contestées et reportées n'est-il pas la preuve qu'il y a une faillite, un échec du travail de la Minustah?

R: "Le fait que le parlement haïtien soit devenu dysfonctionnel en janvier 2015 était évidemment un pas, pas positif du tout mais le processus électoral s'est entamé et Haïti a passé toute l'année 2015 à faire ce travail vers les élections. L'interruption des joutes du 24 janvier, à cause des violences expliquées par le président du conseil électoral provisoire, était un pas en arrière oui, mais je ne vais pas le décrire comme une faillite pour le travail de la Minustah. Le fait est que dans les 12 ans de l'existence de la mission, il y a eu du progrès positif en Haïti en ce qui concerne notre travail avec les institutions haïtiennes. Il est vrai que dans l'entreprise humaine, on se dit toujours qu'on peut faire mieux, qu'on peut faire davantage et je dirais que cette crise qu'Haïti vit est un moment pour que le pays trouve l'opportunité pour pouvoir remettre les choses sur les rails, pour continuer à aller de l'avant avec les leçons apprises de tout ce qui n'a pas fonctionné et qui aurait dû fonctionner".

amb/vog/lby