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30/01/2016 20:15 EST | Actualisé 30/01/2017 00:12 EST

Etranglé par le blocus pétrolier, le Népal s'intéresse au solaire

Lassé des coupures de courant sans fin dues à la pénurie d'essence qui asphyxie le Népal depuis plusieurs mois, Pankaj Shrestha, consultant en management, a décidé d'investir dans des panneaux solaires pour sa maison à Katmandou.

"Dans un premier temps, nous n'avions plus de gaz domestique donc nous avons acheté une cuisinière électrique. Ensuite, l'électricité a été coupée, comment pouvions-nous cuisiner?", lance cet homme de 52 ans.

Avec des coupures de courant pouvant durer jusqu'à 15 heures par jour et l'explosion du prix du fuel alimentant les générateurs, le secteur de l'énergie solaire au Népal espère un bond de ses ventes.

Si l'achat de panneaux solaires est inenvisageable pour des millions de Népalais pauvres, les acteurs du solaire estiment que le blocus pétrolier va pousser la classe moyenne, exaspérée, à se tourner vers les énergies renouvelables.

"Nous avons déjà enregistré une hausse annuelle de 10% des foyers utilisant l'énergie solaire", dit Ram Prasad Dhital, le chef de l'organisme public de promotion des énergies renouvelables, Alternative Energy Promotion Centre.

"L'intérêt se renforce dans les zones urbaines avec la crise de l'essence, nous anticipons (pour le secteur solaire) une croissance exponentielle dans les prochaines années", ajoute-t-il, jugeant qu'il s'agit d'un choix "idéal" pour de nombreux Népalais.

- Marché noir du fuel et du gaz -

Le Népal, enclavé et historiquement dépendant de l'Inde pour son approvisionnement en pétrole et en gaz domestique, souffre d'une pénurie d'énergie en raison du blocage de sa frontière avec l'Inde depuis plus de quatre mois.

La minorité ethnique des Madhesis bloque un point de passage frontalier clé pour protester contre la nouvelle Constitution adoptée en septembre qui, selon elle, la marginalise politiquement.

De longues files d'attente se forment la nuit aux stations-service et un marché noir de fuel de contrebande et de gaz domestique prospère.

Les groupes d'énergie solaire avaient jusque-là visé les foyers ruraux privés de raccordement au réseau électrique, bénéficiant de subventions d'ONG ou du gouvernement qui ont permis l'installation de panneaux solaires dans 750.000 logements.

Mais un salon des énergies propres tenu en janvier à Katmandou a réuni une foule importante d'hommes d'affaires et de clients potentiels de la classe moyenne. Les ventes de systèmes solaires ont dépassé les 18 millions de dollars pendant ce salon sur trois jours, les 90 exposants ayant eu des difficultés à répondre à la demande, selon les organisateurs.

Aucun chiffre fiable sur le chiffre d'affaires annuel du secteur n'est disponible mais la principale association des fabricants l'estime à environ 140 millions de dollars.

Pankaj Shrestha, le consultant, a payé pratiquement 6.500 dollars pour un système capable de produire 4.200 watts d'énergie solaire, installé chez lui le mois dernier. "C'était une très bonne décision. Maintenant on ne sait même plus quand l'électricité est coupée ou revient. Et on n'a plus à faire la queue", dit le consultant à l'AFP.

- Solaire ou hydroélectricité ? -

Le Népal bénéficie de plus de 300 jours d'ensoleillement par an, plus que l'Allemagne, numéro un mondial de l'énergie solaire, ce qui en fait un pays idéal pour son développement.

Mais il a jusqu'à maintenant concentré ses efforts sur son potentiel hydroélectrique pour gagner son indépendance énergétique. Or une série d'importants projets visant à exploiter les nombreux cours d'eau himalayens se heurtent à de grosses difficultés.

Les investisseurs étrangers se plaignent des blocages administratifs et un groupe norvégien a même annoncé début janvier renoncer à un projet de 1,5 milliard de dollars. La capacité installée d'électricité hydroélectrique au Népal n'est que de 800 mégawatts, soit 1,9% seulement de son immense potentiel.

"Les projets hydroélectriques sont de grande ampleur et nécessitent beaucoup d'investissements et de temps", souligne Dipak Bahadur Shahi, président de l'association népalaise des producteurs d'électricité solaire.

"Le secteur du solaire est, lui, aux mains du privé et nous pouvons répondre rapidement à la demande", dit-il.

Les petits projets ont fleuri ces dernières années, depuis des villages poussiéreux jusqu'aux maisons d'hôtes de l'Himalaya voulant offrir des douches chaudes aux randonneurs.

"Auparavant, la demande se concentrait sur l'éclairage de base, maintenant les clients veulent des systèmes de grande capacité pouvant alimenter des ordinateurs portables et de l'électroménager", dit Shahi à l'AFP.

Le solaire reste cependant trop cher pour nombre de foyers et d'entreprises dans ce pays où le revenu annuel par foyer atteint 700 dollars. Une installation de 120 watts, capable d'alimenter six ampoules et charger un ordinateur portable ou un mobile, coûte environ 400 dollars.

Pour autant, il est certain que la pénurie d'essence a fait basculer de nouveaux clients: Dinesh Shrestha, président du Nepalgunj Medical College, envisage d'installer un système solaire pour son campus de 700 étudiants.

"Il est impossible de savoir quand la crise énergétique du Népal va s'achever", dit Shrestha l'AFP. "Nous dépensons des millions dans les générateurs diesel chaque année. Le solaire n'est pas économique mais ce sera un investissement unique", une bonne fois pour toutes.

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