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30/01/2016 20:45 EST | Actualisé 30/01/2017 00:12 EST

Camaçari, la ville brésilienne où le virus Zika a d'abord frappé

"Dans mon quartier, presque tout le monde a été contaminé", raconte Vanessa Machao dos Santos, 35 ans, se rappelant les débuts de l'épidémie du virus Zika, qui a d'abord touché, au Brésil, la ville de Camaçari, près de Salvador de Bahia (nord-est).

"Mes deux enfants et moi sommes tombés malades" début 2015, se rappelle la jeune femme, qui gagne sa vie en vendant des noix de coco.

"On a commencé à avoir des démangeaisons sur la peau, on avait de la fièvre, mal à la tête et dans tout le corps, et beaucoup de douleurs aux articulations", se remémore-t-elle.

Inquiète, elle est allée consulter à l'hôpital : "Ils m'ont dit que c'était le Zika, mais personne ne savait très bien de quoi il s'agissait".

Les médecins lui ont alors expliqué que "cela ressemblait à la dengue, que cela venait d'un moustique et que c'était arrivé d'un autre pays", dit-elle à propos de cette maladie qui se propage désormais à une grande partie de l'Amérique latine, suscitant l'inquiétude mondiale quant à son possible lien avec une malformation congénitale.

A Camaçari, les habitants ont vite pris peur face à cette affection qu'ils qualifiaient de "mystérieuse".

Dès avril 2015, les centres médicaux de cette ville de 200.000 habitants, située à 50 kilomètres de Salvador, se sont retrouvés débordés face à l'avancée spectaculaire du virus.

- Des immeubles entiers touchés -

"Il y avait des immeubles entiers de gens malades", se souvient le docteur Antonio Carlos Bandeira, de l'hôpital Santa Helena, qui se dit alors qu'il était urgent d'identifier la maladie. Il prit alors contact avec le virologue Gubio Soares, de l'Université fédérale de Bahia.

"A l'époque, c'était le chaos à cause du nombre de consultations", explique-t-il. "On a vraiment lancé un appel au secours au professeur Soares pour qu'il nous aide à identifier l'agent infectieux".

Dans son laboratoire à Salvador, le spécialiste, aidé de sa collègue Silvia Sardi, se mit à analyser une vingtaine d'échantillons de patients de Camaçari.

Le virus a alors été démasqué : Zika, identifié pour la première fois en 1947 en Afrique, et déjà source d'épidémies locales dans des îles du Pacifique en 2007 et en 2017.

"J'avais lu des travaux intéressants sur le Zika", indique à l'AFP le professeur Soares.

"Parallèlement, j'ai vu les photos des personnes contaminées par le virus, il y en avait beaucoup à Camaçari, donc j'ai pensé qu'il pouvait s'agir du Zika", raconte-t-il.

En effectuant des tests, "c'est comme ça que nous l'avons identifié pour la première fois au Brésil", le 28 avril 2015.

Le lendemain, les autorités brésiliennes lançaient le premier avertissement sanitaire à ce sujet.

- 'Un mystère' -

On estime que le virus, qui touche désormais 1,5 million de personnes dans le pays et plus de 20.000 en Colombie, les deux pays les plus affectés, a pu arriver au Brésil lors de la Coupe du monde de football, mi-2014, avec les premiers cas dans l'Etat de Rio Grande do Norte, confirmés seulement après l'identification du Zika.

Luciene Ferreira, vendeuse de poulets, a elle aussi été contaminée en avril 2015 : "toute la journée, j'ai eu des démangeaisons, de la fièvre et je me sentais mal".

"Le soir, en regardant les informations, j'ai vu qu'ils disaient qu'il y avait un nouveau virus, le Zika. Donc j'ai appris (ce que j'avais) grâce à la télévision", se souvient-elle en riant.

"Et après, quand je suis allée voir le médecin, lui-même m'a dit qu'il ne savait pas ce que c'était. Même pour eux (les médecins, ndlr) c'était un mystère", raconte-t-elle.

Le mystère continue encore aujourd'hui, les scientifiques jugeant probable que le virus, quand il touche une femme enceinte, provoque une grave malformation congénitale, la microcéphalie (réduction du périmètre crânien du nouveau-né, néfaste pour son développement intellectuel). Mais le lien n'est pas encore prouvé.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) tiendra lundi une réunion d'urgence sur ce virus, s'inquiétant de sa propagation "explosive" sur le continent américain, avec trois à quatre millions de cas attendus cette année.

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