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31/01/2016 07:56 EST | Actualisé 31/01/2016 07:57 EST

L'art, un remède à la violence?

Éditions La boîte à livres

« Papa, raconte-moi le génocide avec les enfants du Rwanda et d’ailleurs », titre le livre de Sonia Fournier. À travers un dialogue intimiste et pédagogique entre un père et son fils, le génocide rwandais est expliqué à l’aide d’illustrations créées par l’auteure. Le livre ouvre la porte au questionnement de l’art comme solution à la violence.

Pratiqué dans l’enseignement et parfois dans le milieu scientifique, l’art est un moyen d’expression qui permet de mettre des mots lorsque ce n’est pas possible par la parole. Pour certains, c’est un moyen efficace de mettre un terme à la violence. Sonia Fournier en est convaincue. Professeur et chercheure en arts à l’Université du Québec à Rimouski, elle voit dans l’art une solution contre la violence. L’art aurait un effet à la fois thérapeutique et sociologique. « Ça permet de diminuer les comportements violents parce qu’on utilise soit le dessin, la peinture et les différents types d’art pour en arriver à traduire soit une frustration, soit un conflit. Ça permet d’exprimer un vécu ou quelque chose qui semble problématique », assure Sonia Fournier.

Très utilisé dans les campagnes de sensibilisation contre la violence, comme pour le projet l’Art contre la violence en 2000, un partenariat entre Women’s College Hospital, le Women’s College Research Institute et l’Université de Toronto, l’art est un outil pédagogique solide. Il touche les enfants comme les parents. « L’art peut permettre de faire une réflexion, et amener les jeunes à mieux comprendre les mécanismes qui amènent à violenter un autre enfant. C’est le même principe que le processus génocidaire mais à très petite échelle », explique Sonia Fournier qui défend vivement cet outil.

Mais pour Myriam Lemonchois, professeur en didactique des arts à l’Université de Montréal « les artistes ne sont pas moins violents que les autres. Ce n’est pas l’art qui rend moins violent ». Même si pour elle l’art reste précieux pour la société.

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La notion même « d’art » est complexe, elle nécessite une définition claire et concise. « L’art, c’est quoi? Si l’art pouvait vraiment contrer la violence, les artistes seraient reconnus comme des non violents. Mais par contre la façon dont on le fait c’est important », confie Mme Lemonchois.

D’ailleurs, très peu de recherche scientifique ont été établies sur le sujet « on peut dire qu’aucune recherche ne prouve qu’il y a des liens entre art et violence et pourtant c’est une justification qu’on entend tout le temps », rappelle Myriam Lemonchois.

Un outil précieux contre le terrorisme?

L’art est pour certain le moyen le plus noble et précieux pour s’exprimer. Il reste une clé pour la résolution de conflit. « On peut en arriver à faire émerger cette violence [grâce à l’Art], la reprendre et la reconstruire de façon à donner des outils aux élèves pour s’exprimer à travers les gestes transformateurs, à travers les matériaux, les textures pour mieux préciser sa pensée pour communiquer de façon correcte et pacifiste », affirme Mme Fournier.

Pour l’enseignante, il est un outil formidable pour développer l’esprit critique des enfants en particulier. C’est d’ailleurs un outil tant désiré et exploité dans le monde à tel point qu’on tente parfois de le détruire. « Dans les pays où se déroule le terrorisme, on tue l’expression. On empêche les gens d’écrire, de peindre, de lire. On détruit la culture, on enlève les musées, on brise les œuvres d’art», rappelle Mme Fournier.