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29/01/2016 08:20 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

Syrie: les discussions ouvrent à Genève sous de mauvais auspices

L'enjeu est énorme et les espoirs ténus: des pourparlers sous l'égide de l'ONU ont débuté vendredi à Genève pour tenter de mettre un terme à la tragédie syrienne, mais l'absence du principal groupe d'opposants compliquait d'emblée un processus déjà très périlleux.

Les négociations ont démarré en fin d'après-midi par une rencontre entre l'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, et une délégation du régime de Damas menée par l'ambassadeur de Syrie à l'ONU, Bachar al-Jaafari.

La délégation syrienne d'une quinzaine de membres et les représentants de l'ONU se sont réunis autour d'une grande table rectangulaire, MM. de Mistura et Jaafari se faisant face. Aucune déclaration n'a été faite avant le début de la rencontre.

Un coup d'envoi modeste, sans cérémonie ni discours, pour ce dialogue, arraché au forceps sous pression de la communauté internationale et prévu pour durer six mois.

Les grandes puissances espèrent que les Syriens parviendront à mettre un terme à une guerre qui a fait plus de 260.000 morts et des millions de réfugiés et déplacés depuis mars 2011.

Selon la feuille de route, fixée dans une résolution de l'ONU en décembre, les Syriens doivent se mettre d'accord sur un organe de transition chargé d'organiser des élections à l'horizon mi-2017.

Mais, avant d'entamer toute discussion, le Haut Comité des négociations (HCN), principal groupe d'opposition, formé en décembre à Ryad dans la perspective des pourparlers de Genève, réclame l'arrêt des bombardements de civils et un accès aux localités assiégées.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 18 zones sont assiégées en Syrie, et plus de 4,6 millions de personnes ont peu ou pas accès à l'aide humanitaire.

Le HCN, qui réunit des opposants politiques et des groupes armés, discute de sa participation depuis quatre jours en Arabie saoudite et n'a pas encore décidé de rallier Genève. Toutefois, trois porte-parole du HCN devraient partir vendredi pour la Suisse, mais pas en tant que négociateurs, a indiqué à l'AFP Fouad Aliko, membre du groupe.

- 'Même combat' -

Le sort du président Bachar al-Assad, sur lequel ont achoppé de précédentes négociations, est la question la plus épineuse à plus long terme, l'opposition souhaitant son départ dès la formation de l'autorité de transition, ce que le régime et ses alliés russes et iraniens refusent.

Quelques dizaines de manifestants s'étaient réunis vendredi après-midi devant le siège de l'ONU à Genève pour scander: "al-Assad, Al-Qaïda, mêmes méthodes, même combat". "Assad n'est pas la solution au terrorisme, il en est la cause", ont-ils ajouté.

Les puissances occidentales, qui ont longtemps réclamé le départ du président syrien accusé d'être le boucher de son propre peuple, ont infléchi leur discours face à la percée du groupe Etat islamique (EI) considéré comme la menace principale.

Une coalition menée par les Etats-Unis mène des raids aériens sur les positions de l'organisation jihadiste en Irak et en Syrie. Vendredi, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils allaient aussi frapper en Syrie.

- Rohani sceptique -

L'ONU a prévu des discussions indirectes, les parties étant dans des salles séparées, des émissaires faisant la navette entre les deux.

Mais même si le HCN se décidait à jouer le jeu, il resterait à préciser son rôle par rapport à celui d'autres opposants, invités à titre individuel par l'ONU et qui se disent déterminés à participer au dialogue au même titre que le groupe de Ryad.

La question de la représentation des Kurdes reste également en suspens. Le PYD, principal parti kurde, n'a pas été invité aux pourparlers, au grand dam de Moscou.

Considéré par la Turquie comme une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), l'ennemi numéro 1 d'Ankara, le PYD syrien est en pointe sur le terrain contre les jihadistes de l'EI, mais il est soupçonné par l'opposition syrienne de complaisance envers le régime de Damas.

Pour toutes ces raisons, l'Iran, acteur majeur du conflit syrien, engagé aux côtés du régime de Damas, a douté d'une issue politique rapide.

"Cela m'étonnerait que (les négociations) aboutissent très tôt, parce qu'en Syrie il y a des groupes qui font la guerre au gouvernement central mais aussi entre eux. Il y a des ingérences dans les affaires intérieures de la Syrie", a déclaré le président iranien Hassan Rohani à plusieurs médias français.

bur-chp/cf/cel