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29/01/2016 08:05 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

Protestations au Sénégal après une caricature avec un chef religieux musulman dans Jeune Afrique

Une caricature publiée jeudi par Jeune Afrique avec une photo du fondateur de la confrérie musulmane mouride du Sénégal a suscité une vague de protestations dans ce pays, poussant l'hebdomadaire à supprimer le dessin et le texte qu'il illustrait.

Dans un communiqué vendredi, le porte-parole du gouvernement sénégalais, Seydou Guèye, a fait part de "la désapprobation, la colère de la communauté mouride, et au-delà, de tous les Sénégalais" à la suite de ce dessin, dont la version initiale montrait une photo de Cheikh Ahmadou Bamba.

"A la suite du chef de l'Etat, le président Macky Sall, le gouvernement du Sénégal exprime toute son indignation et condamne, avec fermeté, cette maladresse incompréhensible et inadmissible de la part d'un organe de presse qui s'identifie à l'Afrique et censé connaître, défendre et promouvoir la culture et les valeurs africaines", déclare M. Guèye.

Le dessin controversé accompagnait un article sur une polémique au Sénégal autour du port par des hommes de sacs à main considérés comme féminins, suivant une mode lancée par un jeune chanteur, Wally Seck, assimilée par ses plus virulents détracteurs à une promotion de l'homosexualité, illégale dans ce pays.

L'article publié jeudi sur le site de Jeune Afrique, intitulé "Jeu de sacs à main, jeu de vilains...", s'accompagnait d'une caricature représentant un Occidental qui regarde une photo de Cheikh Ahmadou Bamba, en caftan blanc.

"Tiens, pourquoi il porte une robe, lui ?", demandait l'Occidental, cigare à la main, à un homme noir, chéchia et barbiche, interloqué, censé figurer un musulman dévot.

Cette représentation ayant suscité une vague d'indignations d'internautes sénégalais sur les réseaux sociaux, Jeune Afrique l'a modifiée, remplaçant la photo du chef religieux par le dessin du même homme en boubou, avec chéchia et barbiche.

Vendredi, le lien vers l'article renvoyait à un message de la rédactrice en chef numérique de Jeune Afrique, Elise Colette. Elle y présente les "sincères excuses" du journal qui, "compte tenu de l'émotion suscitée au Sénégal", a "préféré supprimer ce dessin et le texte qui l'accompagnait".

"Avec ce dessin, notre intention n'était pas de blesser qui que ce soit, et encore moins de porter atteinte à la figure vénérée par de nombreux fidèles de Cheikh Ahmadou Bamba, mais de dénoncer la bêtise de ceux qui ne font pas la différence entre un caftan et une robe", affirme-t-elle.

Jeudi soir, de Touba (centre), ville sainte des mourides, le porte-parole de la confrérie, Serigne Bassirou Mbacké Abdoul Khadre, a dénoncé une attaque contre Cheikh Ahmadou Bamba et les mourides à travers ce dessin.

"Nous avons saisi le président" Macky Sall, en visite à Addis Abeba pour un sommet africain, "nous avons vu qu'en moins de deux heures, la caricature a été changée et nous l'en remercions", a déclaré le porte-parole, cité par plusieurs journaux.

"Le disciple qui voit son guide attaqué peut avoir une réaction imprévisible", a-t-il prévenu.

Dans son communiqué, le gouvernement "prend acte des excuses présentées par Jeune Afrique", soulignant que Cheikh Ahmadou Bamba "est un symbole national, un patrimoine culturel mondial".

Dakar "prendra toutes les dispositions nécessaires pour la protection de nos figures historiques, le respect de nos valeurs et convictions religieuses", ajoute le porte-parole, sans autre précision.

En janvier 2015, le Sénégal avait interdit la diffusion d'une édition de l'hebdomadaire Charlie Hebdo et du quotidien français Libération publiant une caricature présentée comme celle du prophète de l'islam, religion de plus de 90% de la population.

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