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29/01/2016 06:31 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

Lutte contre les changements climatiques : la tâche colossale d'Ottawa

À Ottawa, les ministres de l'Environnement ont aujourd'hui pour mission de faire avancer la discussion autour d'un plan de lutte contre les changements climatiques. Avec les engagements actuels des provinces, la tâche sera difficile. 

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Pour le gouvernement Trudeau, c'est un projet prioritaire. Dans toutes les lettres de mandat des ministres, peu importe leur portefeuille, la notion de lutte aux changements climatiques est présente. Pour le gouvernement Trudeau, la cible qui a été établie avant la Conférence de Paris par l'ancien gouvernement est un « plancher », un minimum à accomplir. Mais certains experts consultés constatent que même cette cible sera difficile à atteindre.

« Si on parle d'un plancher de 30 %, ça va être difficile d'y arriver avec ce qu'on connaît en ce moment », lance Félix Boudreault, chercheur invité à l'École de gestion Ivey de l'Université Western Ontario.

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Le chercheur s'est prêté à l'exercice et a calculé les cibles de réduction d'émissions des provinces qui ont pris des engagements d'ici 2030. Parmi elles, on compte les plus grandes émettrices : le Québec, l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique. « Même en projetant des réductions d'émissions venant des autres provinces, on arrive encore à un manque à gagner », dit-il.

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Parmi les provinces, plusieurs semblent peu flexibles sur la portée de leurs engagements. « Je veux que ce qu'on a fait soit reconnu, et on a fait beaucoup avec nos propres moyens », a expliqué le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, à la veille de la COP21 à la fin du mois de novembre.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, répète de son côté que la défense de l'environnement ne doit pas nuire à l'économie. Un message qu'il a même partagé à Paris, pendant la conférence sur le climat.

Les options d'Ottawa

La ministre de l'Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, reconnaît que la tâche à accomplir est grande. Pour réussir, certains prévoient qu'Ottawa n'aura pas le choix d'utiliser l'argument financier.

Félix Boudreaut  rappelle que le ministre des Finances a pour mandat de mettre sur pied un Fonds pour une économie à faible production de carbone.« Là, les provinces peuvent soudainement être plus ouvertes à écouter ce que le fédéral a à dire », dit-il. 

Le gouvernement Trudeau a toujours été clair dans son intention d'établir une tarification du carbone au Canada. La manière d'y arriver n'est pas établie pour le moment. Selon Paul Fauteux, ancien négociateur en chef de l'application du protocole de Kyoto au Canada, Ottawa devra décider s'il crée une taxe ou un marché du carbone. « Il y a des arguments pour un système de permis échangeables, mais il est clair qu'une taxe, c'est beaucoup plus simple à la fois à mettre en place et à administrer », ajoute-t-il. 

Malgré la tâche colossale qui attend le gouvernement Trudeau, Paul Fauteux est optimiste. « Depuis une quinzaine d'années, il y a un niveau de conscience beaucoup plus élevé dans la population canadienne de l'importance des problèmes qu'entraînent les changements climatiques », note celui qui s'intéresse aux dossiers environnementaux depuis des années. 

Émissions en augmentation

La ministre McKenna sait que les émissions pourraient augmenter considérablement d'ici 2030. Des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi d'accès à l'information illustrent l'augmentation potentielle des GES au pays si des actions ne sont pas entreprises. 

Il s'agit d'une version préliminaire du prochain rapport sur les tendances en matières d'émissions au Canada qui a été remis à la ministre McKenna au moment de son arrivée en poste. Ces estimations pourraient changer avec la baisse marquée des prix du pétrole et les mesures de lutte aux changements climatiques adoptées par l'Alberta en novembre. Le rapport final devrait être rendu public sous peu.