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29/01/2016 02:46 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

"Libérez Jacqueline": Hollande appelé à grâcier une femme condamnée pour le meurtre de son mari violent

Condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari après un demi-siècle d'enfer conjugal, Jacqueline Sauvage mérite-t-elle une grâce présidentielle ? François Hollande reçoit vendredi ses trois filles qui plaident pour une telle décision, rare en France.

"Libérez Jacqueline" : ce slogan s'est propagé depuis le 3 décembre en France avec l'appui d'associations féministes, de personnalités et de responsables politiques, qui dénoncent "un déni de justice", jusqu'à recueillir 398.000 signatures vendredi sur le site change.org.

Jacqueline Sauvage, 66 ans, a tué son mari en septembre 2012 de trois coups de fusil dans le dos après 47 ans de coups et d'abus sexuels sur elle et ses quatre enfants, au lendemain du suicide de leur fils.

La confirmation en décembre de sa condamnation à dix ans de prison par la cour d'Assises du Loir-et-Cher (centre) a révolté ses trois filles.

"Notre mère a souffert tout au long de sa vie de couple, victime de l'emprise de notre père, homme violent, tyrannique, pervers et incestueux", plaident Sylvie, Carole et Fabienne.

Un témoignage qui fait écho aux accusations de laxisme portées à l'encontre de la justice dans les affaires de violences faites aux femmes.

Un comité de soutien réunissant notamment la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo et l'écologiste Daniel Cohn-Bendit s'est aussi constitué. Ses signataires ont souligné "les responsabilités de notre société qui n'a pas apporté à ces victimes la protection qu'elle leur doit".

La détenue a aussi reçu la visite de politiques, tels la députée de droite Nathalie Kosciusko-Morizet tandis que des militantes féministes des Femen ont manifesté seins nus il y a une semaine devant sa prison à Saran (centre), où elle doit purger théoriquement sa peine jusqu'à juin 2018.

Les deux avocates de Jacqueline Sauvage, Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta, espèrent que la rencontre vendredi avec le président Hollande sera "un premier pas vers la grâce présidentielle", même si elles se préparent en parallèle à demander un aménagement de peine.

- Le président a 'entendu' la mobilisation -

L'entourage du président, qui n'est pas favorable au principe de la grâce, a de son côté indiqué que François Hollande "a bien entendu la mobilisation".

Droit régalien des anciens rois de France, supprimé par les révolutionnaires puis restauré par Napoléon Bonaparte et repris dans toutes les Constitutions depuis 1848, la grâce présidentielle s'apparente à une suppression ou à une réduction de la peine, et non à une amnistie, la condamnation restant inscrite au casier judiciaire.

Cette prérogative présidentielle rappelle "quand même une autre conception du pouvoir", avait dit le socialiste François Hollande lors de sa campagne électorale en 2012. Depuis son élection, il ne l'a exercée qu'une fois en 2014 en permettant une libération conditionnelle, sans éteindre la peine, du plus ancien détenu de France.

La légitime défense est au coeur du combat mené par les proches de Jacqueline Sauvage.

Une femme battue, acquittée en 2012 pour le meurtre de son mari, est montée au créneau cette semaine pour souligner que la sexagénaire "n'a fait que riposter à toutes ces attaques pendant 47 ans. Ils auraient préférer quoi ? Qu'elle fasse partie des 118 femmes qui meurent chaque année sous les coups des maris violents ?", s'est interrogée Alexandra Lange.

Cette femme avait tué son mari d'un coup de couteau à la gorge alors qu'il tentait de l'étrangler. Lors de son procès, elle avait déclaré: "C'était lui ou moi" et la légitime défense avait été retenue en sa faveur.

Mais lors du procès de Jacqueline Sauvage, l'avocat général avait au contraire estimé que "la légitime défense n'est absolument pas soutenable. Aux violences de son mari, elle aurait dû répondre par un acte proportionné, immédiat et nécessaire. Face à un coup de poing qui se solde par trois jours d'ITT (interruption temproraire de travail), elle tire trois balles", avait-il dénoncé.

L'avocate de Jacqueline Sauvage avait au contraire demandé aux jurés de "prendre la mesure des conséquences irréversibles des violences faites aux femmes".

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