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28/01/2016 21:41 EST | Actualisé 28/01/2017 00:12 EST

La Chine emprisonne trois opposants prônant la "désobéissance civile"

Un tribunal chinois a condamné vendredi trois opposants à la prison pour avoir créé un mouvement non violent de droits civiques, ont annoncé une proche et une ONG, dernier signal d'une répression accrue du Parti communiste chinois contre la dissidence.

L'avocat Tang Jingling a été condamné à cinq ans de prison, l'éditeur Yuan Xinting à trois ans et demi et l'enseignant Wang Qingying à deux ans et demi, a indiqué l'organisation Amnesty International dans un communiqué.

La condamnation pour "incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat" a été annoncée par la Cour populaire intermédiaire de Canton (sud), selon l'organisation.

"C'est un verdict ridicule", a estimé Mme Wang Yanfang, l'épouse de M. Tang, qui a confirmé les peines. "Ils ne sont coupables d'aucun crime. Ils ont juste défendu les valeurs de la justice", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Le Parti communiste chinois ne tolère aucune menace potentielle à son pouvoir, et des dizaines d'opposants ont été emprisonnés depuis l'arrivée au pouvoir il y a trois ans du président Xi Jinping.

Durant le procès, la police a accusé les trois contestataires d'avoir distribué des livres sur la résistance non violente et "délibérément incité à la subversion du pouvoir de l'Etat et au renversement du système socialiste".

Dans un communiqué transmis au parquet et publié en ligne par les avocats des militants, la police a précisé que les accusés avaient loué un bureau afin d'étudier, d'imprimer et d'expédier plusieurs livres.

Les trois hommes ont également été accusés d'avoir diffusé "De la dictature à la démocratie", un manuel du politologue américain Gene Sharp, qui prône la résistance civile non violente.

Les livres présentaient de "graves transgressions politiques", a ajouté la police.

Le procès des trois hommes s'était tenu à la mi-2015, au début d'une campagne de répression des autorités visant plus de 200 avocats et militants des droits de l'Homme, détenus ou interrogés. Une opération d'une ampleur inédite depuis plusieurs années contre la dissidence.

"Les peines de Tang, Yuan et Wang ne présagent rien de bon pour la dizaine d'avocats des droits de l'Homme qui passeront probablement en procès prochainement pour des accusations similaires de +subversion+", a écrit vendredi Sophie Richardson, directrice pour la Chine de Human Rights Watch (HRW), dans un communiqué.

"Le gouvernement chinois doit cesser d'assimiler les critiques pacifiques à la subversion".

En sa qualité d'avocat, M. Tang, 44 ans, avait aidé des paysans à traduire en justice des responsables locaux accusés de saisies illégales de terrains.

En 2006, il avait annoncé la création d'un "Mouvement de désobéissance civile non violente", selon le groupe Human Rights in China, basé aux Etats-Unis.

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