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29/01/2016 04:23 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

"Entreposer" les migrants en Grèce n'est pas la solution (HRW)

Transformer la Grèce en un gigantesque "entrepôt" pour migrants n'est pas la solution à cette crise, a estimé vendredi l'organisation Human Rights Watch (HRW), doutant aussi du bien-fondé de les renvoyer en Turquie.

"La Grèce a sa part de responsabilité dans la situation sur le terrain, mais transformer le pays en un entrepôt n'est pas la solution à la crise des réfugiés en Europe", a estimé Eva Cosse, spécialiste de la Grèce pour HRW, dans un communiqué.

L'Union européenne menace actuellement de rétablir pour deux ans les contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen, isolant de fait la Grèce, si celle-ci ne parvient pas à renforcer les contrôles d'arrivées à sa propre frontière maritime avec la Turquie, qui est aussi la frontière extérieure de l'espace Schengen au sud.

Un ministre belge a émis l'idée de créer en Grèce des camps pouvant accueillir jusqu'à 300.000 personnes, tandis que les Pays-Bas suggèrent de renvoyer en Turquie les migrants à peine débarqués en Grèce, en échange de l'engagement d'accueillir dans l'UE 250.000 réfugiés actuellement stationnés en Turquie. Une proposition critiquée par Mme Cosse, qui estime que "la Turquie ne peut être considérée comme un pays sûr pour un retour automatique".

Le reste de l'UE reproche à Athènes de mal enregistrer et mal recueillir les empreintes digitales des milliers de migrants qui débarquent toujours quotidiennement sur ses îles. Ils avaient été 850.000 à arriver en 2015.

La Grèce répond que la situation s'est considérablement améliorée récemment, avec l'envoi de personnel européen supplémentaire et de matériel approprié.

Mme Cosse souligne toutefois que le gouvernement grec n'accueille toujours pas dans les meilleurs conditions les femmes enceintes, les mineurs non accompagnés ou les handicapés.

Et ceux qui font des demandes d'asile rencontrent "de sérieuses difficultés", estime-t-elle.

"Le service grec des demandes d'asile a mis en place un système de rendez-vous qui se déroule presque exclusivement par Skype, mais c'est très difficile d'y parvenir et les gens attendent parfois des semaines pour obtenir un rendez-vous", souligne-t-elle.

Par ailleurs, Amnesty International a déploré vendredi la situation à Idomeni, le poste frontalier greco-macédonien où "des milliers de migrants et de réfugiés qui tentent de traverser la frontière passent la nuit dans une station de service, exposés à des conditions météorologiques difficiles".

Plus particulièrement, Amnesty appelle le gouvernement grec à mettre à la disposition de tous les réfugiés "le grand camp d'accueil situé à Idomeni, qui est opéré par des ONG grecques et internationales et qui comprend des infrastructures adéquates pour l'hiver mais dont seulement un tiers est ouvert, la police grecque empêchant arbitrairement" les migrants d'y avoir accès.

Mais le gouvernement rétorque que ce centre d'accueil "n'est ouvert qu'aux Syriens, Irakiens et Afghans", c'est-à-dire ceux qui sont autorisés à traverser la frontière pour continuer leur périple vers les pays du nord de l'Europe, a-t-on appris auprès du ministère de la Politique d'immigration.

La majorité des personnes qui sont arrivées en Grèce l'an dernier, et continuent à le faire au péril de leur vie en plein hiver, viennent de pays en guerre, ou très difficiles, comme la Syrie, l'Irak et l'Afghanistan. De nombreux Africains, ou migrants de pays d'Asie encore plus éloignés comme le Pakistan ou le Bangladesh, se sont joints à ce flux.

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