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29/01/2016 01:00 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

Chine: un Canadien inculpé d'espionnage à la frontière nord-coréenne (gouvernement)

Les autorités chinoises ont inculpé un Canadien, installé en Chine avec sa femme à la frontière avec la Corée du Nord, d'espionnage et de vol de secrets d'Etat, a annoncé vendredi le gouvernement.

Kevin Garratt avait été arrêté en 2014 en même temps que son épouse, qui a ensuite été libérée sous caution, à Dandong (nord-est), une ville frontalière avec la Corée du Nord.

"Le citoyen canadien Kevin Garratt, suspecté d'espionnage et de vol de secrets d'Etat, a été inculpé", a déclaré Hua Chunyong, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse régulière.

"Durant l'enquête, les autorités ont découvert que Kevin Garratt a peut-être également été impliqué dans la collecte d'informations pour le compte d'agences de renseignement canadiennes", a-t-elle précisé.

Avant leur arrestation, M. Garratt et son épouse, tous deux chrétiens et installés en Chine depuis 1984, géraient un café à Dandong et étaient engagés dans l'envoi d'aide humanitaire en Corée du Nord.

En 2013, il avait déclaré à une congrégation en Colombie britannique (ouest du Canada): "Lors d'une séance de prière, Dieu m'a dit: rends-toi à Dandong et je te rencontrerai là-bas. Il m'a dit d'y ouvrir un café".

"Nous concentrons notre attention sur la Corée du Nord, mais c'est Jésus qui occupe la place principale (dans nos vies)", y déclarait Kevin Garratt, selon l'enregistrement de son allocution consulté par l'AFP sur le site de la congrégation après son arrestation.

Pékin, soucieux d'éviter l'essor d'organisations susceptibles de saper le pouvoir du Parti communiste, exerce un contrôle étroit sur les cultes religieux dans le pays.

La Chine a cependant nié tout lien entre l'affaire et la religion de M. Garratt.

"Il a été inculpé pour espionnage et vol de secrets d'Etat chinois, cela n'a rien à voir avec sa religion", a déclaré Hua Chunying.

La définition de la notion de secret d'Etat est très vague en Chine, tandis que la Corée du Nord nourrit des soupçons obsessionnels à l'égard des activités considérées comme du prosélytisme chrétien, qu'elle sanctionne lourdement.

Les Garratts avaient été arrêtés une semaine après que le Canada eut accusé la Chine de piratage informatique. Le Canada a à son tour accusé la Chine de s'en être pris au couple en guise de représailles à l'encontre d'Ottawa.

La région de Dandong est une zone militairement sensible; le "Pont de l'Amitié" qui s'y trouve est une voie de communication cruciale pour le régime de Pyongyang, dont Pékin reste le principal allié et soutien économique.

Une loi sur la "sécurité nationale", promulguée en Chine en juillet, a été critiquée par les organisations de défense des droits de l'homme pour la définition vague qu'elle donne à la notion de "sécurité", laissant craindre l'octroi à la police de pouvoirs discrétionnaires concernant la société civile.

D'autres étrangers ont également été dans le collimateur des autorités chinoises chargées de la sécurité.

Début janvier, un militant suédois des droits de l'Homme, Peter Dahlin, a été arrêté à Pékin pour "mise en danger de la sécurité nationale" et expulsé lundi dernier.

Feng Xue, un géologue américain d'origine chinoise, accusé d'avoir dérobé des secrets d'Etat, a passé plus de sept ans en prison en Chine avant d'être libéré en 2015 puis expulsé.

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