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29/01/2016 04:25 EST | Actualisé 29/01/2017 00:12 EST

Burundi: deux journalistes français et britannique arrêtés avec 15 "criminels armés"

Deux journalistes, le Français Jean-Philippe Rémy et le Britannique Phil Moore, arrêtés lors d'une opération policière contre des "criminels armés" au Burundi, plongé depuis neuf mois dans une grave crise, attendaient vendredi d'être fixés sur leur sort après avoir été entendus par le Parquet.

Envoyés spéciaux du Monde, Jean-Philippe Rémy, correspondant régional pour l'Afrique du quotidien français, et Phil Moore, photographe indépendant travaillant régulièrement pour l'AFP mais aussi pour The New York Times, The Guardian ou Der Spiegel, ont été déférés devant le procureur en début d'après-midi.

Leur audition est terminée et ils attendaient toujours en milieu d'après-midi au Palais de justice, de connaître la décision du Parquet sur une éventuelle inculpation, selon une source diplomatique.

Le ministère français des Affaires étrangères Laurent Fabius a appelé "les autorités du Burundi à procéder à leur libération immédiate". Selon l'ambassadeur de France à Bujumbura, Gerrit Van Rossum, qui a rencontré vendredi les deux envoyés spéciaux du Monde, ils ont passé la nuit au siège du Service national de Renseignement (SNR), où ils ont été interrogés sans subir de violence.

Selon Le Monde, des membres du CICR et un représentant du consulat britannique ont également pu les rencontrer. Le journal rappelle que Jean-Philippe Rémy et Phil Moore sont entrés légalement dans le pays, respectivement les 19 et 21 janvier, "étaient tous deux munis de visas et ne faisaient qu'exercer leur métier en rencontrant toutes les parties concernées par les tensions en cours au Burundi".

- Appels à leur libération -

Selon le porte-parole adjoint de la police burundaise, Moïse Nkurunziza, les deux hommes ont été arrêtés jeudi après-midi à Nyakabiga, quartier du centre de Bujumbura, où la police avait été informée que "des criminels tenaient une réunion".

Le groupe s'est enfui mais la police a "rattrapé cinq personnes: 4 Burundais qui avaient deux pistolets et un Britannique", Phil Moore, a expliqué à l'AFP M. Nkurunziza.

"La police a été très surprise et s'est inquiétée de voir un journaliste, ayant toutes les autorisations de travailler au Burundi et qui donc n'avait rien à craindre de la police, courir et fuir", a-t-il ajouté, précisant que M. Rémy avait été interpellé lorsqu'il était venu demander des nouvelles de son collègue.

"S'il n'y a rien à leur reprocher, ils seront relâchés, bien sûr", a poursuivi le porte-parole, assurant que les deux journalistes "se portent très bien et sont bien traités".

C'est "la première fois que des étrangers sont surpris au milieu de criminels", avait-il auparavant déclaré à la télévision nationale (RTNB). Selon le ministère de la Sécurité publique, "un mortier, une Kalachnikov et des pistolets ont été saisis au cours de cette opération".

Le Monde a réclamé "la libération immédiate de ses deux envoyés spéciaux". L'AFP a demandé que Phil Moore et Jean-Philippe Rémy, "arrêtés alors qu'ils exerçaient leur mission d'informer", soient "libérés au plus vite". L'UE s'est dite "extrêmement préoccupée" alors que Reporters sans Frontières a qualifié ces arrestations d'"atteinte à la liberté d'informer".

L'Association des correspondants étrangers en Afrique de l'Est (FCAEA) a rappelé que les deux journalistes étaient des "professionnels chevronnés". Jean-Philippe Rémy, 49 ans, basé en Afrique depuis 1998, a notamment remporté le prestigieux Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2013 pour un reportage en Syrie.

Phil Moore, 34 ans, a effectué de nombreux reportages à travers l'Afrique, mais aussi au Pakistan ou en Bolivie. Son travail a notamment été exposé en 2013 au réputé festival de photojournalisme Visa pour l'Image de Perpignan (France).

- L'UA inquiète -

L'annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3e mandat a plongé le Burundi dans une grave crise, ses adversaires lui reprochant de violer la Constitution et l'Accord d'Arusha ayant permis de mettre fin à la sanglante guerre civile (1993 et 2006) qui continue de hanter le pays.

L'échec d'un coup d'Etat militaire, puis la brutale mise au pas de six semaines de manifestations à Bujumbura n'ont pas mis fin aux violences, qui se sont intensifiées depuis la réélection controversée de M. Nkuruniza en juillet, marquées par la multiplication des attaques armées et la création de groupes rebelles.

Plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la crise, qui a poussé à l'exil plus de 200.000 personnes, parmi lesquels de nombreux opposants, militants associatifs et journalistes. Les médias indépendants d'information sont réduits au silence et les journalistes n'ayant pas fui le pays, menacés ou attaqués, vivent dans la clandestinité.

Le respecté correspondant de l'AFP et RFI au Burundi, Esdras Ndikumana, 54 ans, s'est réfugié au Kenya en août, après avoir été arrêté à Bujumbura et torturé par le SNR.

Un Sommet de l'Union africaine - inquiète des potentielles "conséquences dévastatrices" de la crise - doit se prononcer ce week-end sur le déploiement d'une mission africaine de maintien de la paix au Burundi, à laquelle Bujumbura s'oppose catégoriquement.

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