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27/01/2016 09:09 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

Tunisie: le Premier ministre défend sa gestion de la contestation sociale

Le Premier ministre tunisien Habib Essid a défendu mercredi devant le Parlement la gestion par son gouvernement de la contestation sociale qui a agité le pays, assurant avoir "commencé à trouver des solutions", malgré l'absence de mesures concrètes.

Depuis le 16 janvier et le décès d'un chômeur à Kasserine, dans le centre défavorisé du pays, plusieurs villes ont été le théâtre de manifestations pour réclamer des emplois et le développement de régions délaissées depuis des décennies. Le mouvement a parfois tourné à des affrontements avec la police et un couvre-feu nocturne a été décrété.

"Nous avons essayé, dans la mesure du possible, d'améliorer la situation", a assuré M. Essid lors d'une séance plénière extraordinaire du Parlement consacrée à ce dossier.

"Nous pourrions faire taire les gens et dire 'nous allons créer 1.000 emplois' (...) mais nous voulons dire la vérité", a-t-il plaidé. "Nous avons commencé à trouver des solutions. Nous n'en avons pas pour tout le monde, (mais) nous avons certaines solutions", a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

"La responsabilité (de trouver ces solutions, ndlr) n'est pas que celle du gouvernement", a poursuivi le Premier ministre, souhaitant "un consensus" avec les partis et la société civile sur les futures mesures afin qu'elles puissent être appliquées.

- Misère, exclusion sociale -

Le mouvement de protestation, inédit par son ampleur et sa durée depuis la révolution de janvier 2011, est retombé ces derniers jours, même si quelques manifestations ont encore eu lieu lundi.

Il est toutefois venu rappeler que la misère et l'exclusion sociale, qui avaient largement motivé le soulèvement contre le régime de Zine El Abidine Ben Ali, étaient toujours prégnantes.

La croissance a été de moins de 1% en 2015 et le chômage est de plus de 15% (le double chez les jeunes diplômés). Plusieurs régions de l'intérieur se disent en outre toujours marginalisées et réclament développement et emploi.

M. Essid a maintes fois répété comprendre les revendications mais "ne pas avoir de baguette magique" face à "la situation difficile héritée" par son gouvernement.

Il a rappelé que les trois attentats sanglants en Tunisie revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) en 2015 avaient "affecté l'ensemble de l'économie". "Nous sommes passés par une période difficile, parfois des gens oublient cela".

Le pays est sous état d'urgence depuis le dernier attentat, une attaque suicide qui a tué 12 agents de la garde présidentielle à Tunis le 24 novembre.

- 'Les corrompus ou la Tunisie' -

Plusieurs députés ont malgré tout appelé à de "vraies" solutions.

Celles du gouvernement "sont précaires et ne répondent pas aux besoins. Nous ne voulons pas d'un gouvernement qui vende des illusions et inspire le désespoir", a dit Hassouna Nasfi, qui a démissionné du bloc parlementaire de Nidaa Tounes, première force politique du pays.

"Aujourd'hui, les chômeurs attendent des réponses claires et précises sur l'emploi", a renchéri Mongi Rahoui, du Front populaire (coalition de gauche).

D'autres ont réclamé des mesures contre le fléau de la corruption, en particulier dans l'administration: le jeune chômeur mort à Kasserine, Ridha Yahyaoui, protestait contre le retrait de son nom d'une liste d'embauches dans la fonction publique et sa famille a blâmé des fonctionnaires corrompus.

"La révolution de la dignité s'est transformée en révolution de la corruption", a dit Hafedh Zouari, dont le parti Afek Tounes a des ministres au gouvernement. "Il faut durement frapper les corrompus et les voleurs", a ajouté Mbarka Aouinia, veuve de l'opposant Mohamed Brahmi assassiné en 2013.

"L'Etat est devant un choix: sacrifier les corrompus ou la Tunisie", a affirmé de son côté l'ONG I-Watch dans un communiqué.

Habib Essid, un technocrate de 66 ans, vient de remanier son équipe après une première année jugée décevante marquée par une profonde crise au sein de Nidaa Tounes.

Mardi, ce parti fondé en 2012 par l'actuel président Béji Caïd Essebsi, a perdu son statut de premier bloc parlementaire avec la création d'un groupe dissident. Mais le mouvement islamiste Ennahda, qui détient désormais le plus grand nombre de sièges (69), ne semble pas désireux à ce jour de remettre en cause son alliance avec Nidaa Tounes.

Pour le président d'Ennahda, Rached Ghannouchi, "notre gouvernent n'est pas exemplaire mais ceux qui le composent sont patriotes".

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