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27/01/2016 04:55 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

Québec peine à franciser ses immigrants

Québec ne parvient pas à franciser correctement les immigrants, ce qui contribue à l'éloigner progressivement de l'objectif de la loi 101, soit de faire du français la langue commune de ses citoyens, conclut une étude de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

Selon l'étude, intitulée le Québec rate sa cible, plus de 200 000 immigrants ne maîtrisaient toujours pas la langue de Molière en 2014, dont 111 000 sont arrivés au pays après 1991, année où Québec a obtenu la responsabilité exclusive en matière d'intégration linguistique. 

Les raisons sont multiples, note le chercheur qui a mené les travaux, Jean Ferretti : offre en francisation minée par « son lot d'inefficacité » et le « désengagement » des ministères concernés, possibilité de vivre à Montréal sans connaître le français et « incohérence » du bilinguisme institutionnel par rapport à l'esprit de la loi 101.

À l'heure où le gouvernement Couillard songe à hausser les seuils d'immigration, M. Ferretti l'invite à la réflexion, en soulignant que 40 % des immigrants ne connaissent toujours pas le français à leur arrivée au Québec.

Pour freiner le déclin des francophones, plaide-t-il, Québec devrait se soucier d'attirer davantage d'immigrants issus de la francophonie internationale ou parlant des langues latines, puisque ces derniers adoptent beaucoup plus facilement le français que d'autres, et plus particulièrement les communautés asiatiques.

« Augmenter la part d'immigrants francophones apparaît comme le moyen le plus efficace d'assurer la pérennité du français », écrit M. Ferretti. Si cet objectif nuit à l'atteinte des seuils d'immigration fixés ces dernières années, dit-il, « Québec devrait alors revoir à la baisse le nombre d'immigrants accueillis annuellement ».

« Plusieurs indicateurs semblent signaler que les capacités d'accueil du Québec sont aujourd'hui dépassées », poursuit-il. « Les pénuries de main-d'œuvre ne sont pas généralisées comme cela a longtemps été avancé et l'augmentation des seuils d'immigration n'a qu'un effet marginal sur le vieillissement de la population ».

Le chercheur souligne du coup que le système d'éducation demeure « la principale source de main-d'œuvre », et que Québec doit donc y investir, continuer à lutter contre le décrochage scolaire et mieux orienter les élèves vers les filières professionnelles.

Dans le même ordre d'idées, Québec « doit mieux soutenir la natalité en favorisant l'accès aux services de garde à prix modique », et « amorcer une réflexion sur une bonification des allocations familiales ».

Les travaux de M. Ferreti à l'IREC ont été financés par la CSN, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le Mouvement national des Québécoises et des Québécois et le Mouvement Québec français.