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27/01/2016 07:15 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

La crise migratoire va-t-elle modifier les contours de l'espace Schengen?

Face à des flux migratoires qui ébranlent l'UE, la possibilité de prolonger jusqu'à deux ans les contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen se profile. Exclure la Grèce est en revanche impossible.

Des contrôles prolongés dans l'espace Schengen?

L'espace Schengen est une zone de libre circulation à l'intérieur de laquelle les contrôles aux frontières ont été abolis pour les voyageurs. Elle inclut 26 pays, dont 22 de l'UE. Actuellement, six ont rétabli des contrôles temporaires: cinq (Allemagne, Autriche, Suède, Danemark et Norvège) dans l'espoir de mieux contrôler les flux de migrants, et un (la France) en réaction à la menace terroriste.

Mais le délai maximal de ces rétablissements (six mois) arrive bientôt à son terme pour certains, alors que les flux vers le nord de l'Europe ne donnent aucun signe de ralentissement.

Les Etats membres de l'UE ont donc demandé lundi à la Commission d'activer une procédure autorisant certains pays à les étendre jusqu'à deux ans, quand de "graves déficiences" sont constatées dans la gestion d'une frontière extérieure.

L'exécutif européen a posé mercredi un jalon en adoptant un rapport accablant sur la gestion par la Grèce de sa frontière avec la Turquie, principale porte d'entrée des migrants en Europe.

Mais la procédure est encore longue. Si le rapport est validé par les Etats membres, la Commission proposera des mesures à la Grèce. Et c'est seulement si Athènes n'y répond pas de manière satisfaisante que l'autorisation pourra être donnée de prolonger les contrôles jusqu'à deux ans.

La libre circulation va-t-elle être "suspendue"?

Le scénario de cette prolongation des contrôles est parfois décrite comme une "suspension" du système Schengen. Mais il s'agit d'une procédure prévue dans le Code Schengen, de manière exceptionnelle, pour justement "sauvegarder" le système.

Il s'agit par ailleurs d'une possibilité qui serait donnée à certains Etats: cela ne signifie pas que le nombre d'Etats réintroduisant des contrôles va augmenter.

"C'est une procédure de dernier recours, mais pas une suspension de Schengen. Il s'agit d'autoriser les quelques pays qui ont rétabli des contrôles à le faire plus longtemps, si nécessaire", selon un juriste spécialisé.

"On ne sait pas exactement quel effet aurait réellement une prolongation pendant deux ans sur les flux migratoires", ajoute une source diplomatique, "mais sur le plan économique, le coût serait très elevé", les contrôles ralentissant notamment l'activité des transporteurs.

La Grèce va-t-elle être exclue de Schengen?

C'est une menacé proférée par l'Autriche. Mais la Commission européenne, comme les juristes spécialisés, le répètent: il est impossible de "suspendre" ou d'"exclure" un pays de la zone Schengen.

"Ce n'est pas prévu, et c'est complètement absurde: la Grèce n'a aucune frontière terrestre avec un autre pays membre de Schengen, et les migrants ne passent pas par les aéroports", explique un juriste européen spécialisé.

En revanche, rendre la frontière greco-macédonienne imperméable, comme le souhaitent certains, pourrait isoler la Grèce, en faisant de cette frontière un cul-de-sac. Athènes craint un effet domino, après les restrictions d'entrées annoncées par l'Autriche ou la Hongrie, qui veulent plafonner le nombre de migrants.

La Commission et Frontex, l'agence de surveillance des frontières extérieures, ont mené la semaine dernière une mission en Macédoine pour déterminer les besoins du pays. Frontex n'a pas la possibilité d'intervenir hors de l'UE, mais des officiers des Etats membres y sont actuellement présents "dans un cadre d'assistance bilatérale", selon la Commission.

Comment l'UE espère-t-elle sortir de la crise?

"Nous réussirons", veut croire le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui ne cache plus son agacement face aux Etats membres qui critiquent la Grèce mais ne tiennent pas leurs engagements.

L'exécutif va proposer en mars de nouvelles règles de répartition des réfugiés dans l'UE, plus solidaires, en révisant les règles dites de Dublin. Mais les Etats membres ont déjà beaucoup de mal à appliquer la "relocalisation" de 160.000 réfugiés à partir de l'Italie et de la Grèce.

Pour que la situation s'améliore, Bruxelles compte sur une mise en oeuvre rapide des "hotspots" en Italie et en Grèce, où doivent être enregistrées les demandes d'asiles des arrivants. C'est de là que doit s'organiser la "relocalisation", mais aussi de là que doivent être renvoyés plus systématiquement à l'avenir vers leurs pays les migrants économiques.

Enfin, l'exécutif européen fonde beaucoup d'espoirs sur la mise en place d'un corps européen de gardes-frontières, proposé aux Etats membres. Il table aussi surtout sur l'application d'un accord avec la Turquie pour freiner les flux de migrants, qui n'a pour l'heure eu que peu de résultats sur le terrain.

cds/agr/ger