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27/01/2016 06:56 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

L'opposition syrienne débat de sa participation à Genève

Des groupes clés de l'opposition syrienne devaient se prononcer mercredi sur leur participation aux pourparlers de paix à Genève, qui pourraient être remis en cause par la présence d'autres opposants notamment Kurdes.

Les discussions se poursuivaient à huis clos à Ryad pour la deuxième journée consécutive, a déclaré à l'AFP Monzer Makhos, porte-parole du Haut comité des négociations (HCN).

Cette instance a été constituée en décembre à Ryad lors d'une réunion des groupes d'opposition politiques et armés, et Mohamed Allouche, un chef du groupe armé rebelle prosaoudien Jaich al-Islam, en a été nommé négociateur en chef.

Elle insiste pour être la seule représentante de l'opposition aux négociations indirectes avec le régime de Bachar al-Assad qui doivent se tenir à partir de vendredi pour tenter de trouver une solution au conflit qui a fait plus de 260.000 morts en près de cinq ans et poussé à la fuite des millions de personnes.

L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a envoyé mardi les invitations aux participants syriens à ces négociations sans révéler leur identité. Sa porte-parole a souligné que l'ONU n'avait "aucune intention d'inviter quiconque en dehors des Syriens".

Si la délégation du régime -dirigée par deux diplomates de haut niveau- n'est pas remise en question, c'est la composition du groupe représentant l'opposition qui fait débat.

- Divergences -

Le HCN a été invité par l'ONU aux négociations selon l'un de ses membres, mais d'autres opposants qui n'en font pas partie ont dit avoir eux aussi reçu une invitation.

Avant de se prononcer sur sa participation, le HCN attend toujours la réponse de l'ONU à sa demande de "précisions" sur "la nature des invitations" adressées aux autres opposants.

"Nous n'avons pas encore pris de décision", a dit en début de soirée à des journalistes Salem al-Meslet, un porte-parole du HCN, en disant "espérer recevoir une réponse aujourd'hui" de M. de Mistura.

Parmi les personnalités non-HCN invitées figurent Qadri Jamil, un ex-vice-Premier ministre limogé qui entretient de bonnes relations avec la Russie, alliée du régime Assad, ainsi que Haytham Manna, co-président du Conseil démocratique syrien (CDS, une alliance d'opposants kurdes et arabes).

Le CDS est le bras politique des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de l'opposition soutenue par les Etats-Unis et composée principalement des YPG (Unités de protection du peuple), une milice kurde qui contrôle des zones du nord syrien.

Or la participation aux négociations des Kurdes, en pointe dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui occupe de vastes régions en Syrie, est l'un des points de discorde.

La Turquie, hostile à M. Assad, est fermement opposée à la participation du Parti de l'union démocratique (PYD), la branche politique des YPG. En revanche, la Russie a estimé que, sans les Kurdes, les négociations ne sauraient "donner de résultats".

- Consultations -

Pour le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, trois problèmes demeurent: "Qui participe vraiment, qu'est-ce qui est fait sur le plan humanitaire, et de quoi va-t-on parler ?"

S'agissant des participants, le HCN "doit être le négociateur, et c'est ce qui m'a été confirmé par M. de Mistura, même s'il peut y avoir d'autres personnes", a-t-il dit.

M. Fabius a eu un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov pour discuter "des préparatifs aux négociations", selon la diplomatie russe qui a fait également état de consultations entre Moscou et Téhéran, un autre allié du régime syrien.

Au plan humanitaire, le HCN a demandé à l'ONU de lui faire le point sur une série de "mesures de confiance" qu'il réclame au régime pour aller à Genève. Parmi elles, la levée du siège des localités, l'arrêt des bombardements, la libération de prisonniers et l'acheminement de l'aide.

Les négociations, les deuxièmes depuis le début de la guerre et qui doivent durer six mois, doivent porter sur une feuille de route qui prévoit un cessez-le-feu, un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois. L'opposition exige le départ de M. Assad au début de la période de transition.

Les précédents pourparlers (janvier-février 2014) s'étaient achevées sans résultat concret et, depuis, le conflit s'est davantage complexifié avec la multiplication des acteurs dont des grandes puissances et la montée en puissance de l'EI sur un territoire de plus en plus morcelé.

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