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27/01/2016 06:40 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

Grèce: des efforts insuffisants pour éviter le risque de quarantaine

La Grèce a beau avoir accentué ses efforts de contrôle des migrants récemment, elle risque fort une mise en quarantaine de la part de ses pairs de l'espace Schengen, même si les experts soulignent des responsabilités partagées.

Un projet de rapport adopté mercredi par la Commission européenne et soulignant que "la Grèce a sérieusement négligé ses obligations" dans sa gestion de sa frontière, lui impose de prendre des mesures drastiques sous trois mois. Sinon, des contrôles aux frontières nationales des pays de l'espace Schengen pourraient être rétablis pour deux ans.

Cela isolerait la Grèce à l'extrémité du continent, face à la Turquie qui a déjà laissé quelque 850.000 personnes traverser l'Egée en 2015. Avec cette fois le risque que les arrivants, au lieu de filer en quasi-totalité vers le nord comme actuellement, lui restent sur les bras.

Aujourd'hui, on reproche principalement au pays --qui a vu encore arriver quelque 47.000 migrants ce mois-ci, éligibles à 92% à l'asile (Syriens, Irakiens, Afghans) selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR)-- de mal les enregistrer.

Les Grecs ont pris du retard pour ouvrir les cinq "hotspots" d'enregistrement prévus sur les principales îles d'arrivée, permettant notamment de recueillir d'emblée informatiquement les empreintes digitales. Ils ouvriront "fin février-début mars", selon le ministre chargé de la politique migratoire, Yannis Mouzalas.

Outre la fermeture très politique des camps de rétention l'hiver dernier, dans la foulée de l'arrivée de la gauche radicale d'Alexis Tsipras au pouvoir, Athènes est aussi mal vue pour avoir longtemps laissé passer en vrac réfugiés et migrants (notamment pakistanais et maghrébins).

Philippe Leclerc, le représentant en Grèce du HCR, estime ainsi qu'il est "nécessaire d'organiser le plus rapidement possible des retours volontaires, ou forcés, vers les pays d'origine de ces migrants, pour que le système de protection des réfugiés ne soit pas atteint".

Aujourd'hui, les centres de rétention du pays, rouverts, abritent quelque 800 personnes, dont beaucoup de Marocains.

- 'Appeler un chat un chat' -

La Grèce a aussi eu du mal à collaborer avec l'agence de surveillance des frontières extérieures Frontex, qui a maintenant une quinzaine de bateaux en patrouille avec les garde-côtes en mer Égée, essentiellement pour du sauvetage, car le refoulement en mer n'est pas autorisé, a souligné lundi la porte-parole de Frontex.

Beaucoup d'experts au contact direct de la réalité sont plus indulgents envers la Grèce. M. Leclerc souligne les "progrès considérables" accomplis récemment, certes en association avec Frontex, le HCR ou les nombreuses ONG présentes sur place.

Un expert européen de la sécurité note aussi la difficulté à convaincre la Turquie ou les pays d'origine des migrants économiques à réadmettre ces derniers.

Tout en estimant que "la Grèce n'est pas à la hauteur de ses obligations et depuis longtemps", Henri Labayle, le directeur du Centre de Documentation et de Recherches européennes (CDRE), constate aussi "qu'il faut appeler un chat un chat et que c'est la Turquie qui est en train d'inonder l'UE d'une pression migratoire qu'elle pourrait parfaitement réguler si elle le voulait".

M. Leclerc déplore que sur les 64.400 places de relocalisation de réfugiés promises à la Grèce par l'UE, seules 646 aient été offertes.

La Grèce est à présent menacée de devenir un camp de migrants géant. D'autant que l'UE a aussi l'intention d'aider la Macédoine, premier pays à sa sortie nord, à mieux protéger sa frontière, alors que la Macédoine n'est membre ni de l'UE ni de l'espace Schengen.

Quelque 2.000 personnes, désormais uniquement des éligibles à l'asile (Syriens, Irakiens et Afghans), passent encore quotidiennement la frontière à Idomeni.

Le secrétaire d'État belge à l'asile et à la migration, le nationaliste flamand Théo Francken, a même suggéré cette semaine d'établir en Grèce des capacités d'accueil de 200 à 300.000 personnes, "et pas 8.000 comme aujourd'hui, c'est ridicule".

M. Leclerc estime qu'un tel isolement "serait très grave pour la Grèce", confrontée à la gestion de "milliers voire dizaines de milliers de personnes ayant besoin d'un abri". Il faudrait alors "que les mécanismes de solidarité des Etats de l'UE jouent à fond, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui".

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