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27/01/2016 06:09 EST

«Grace» au Périscope: Perdre ses repères (PHOTOS)

Courtoisie

Un an après s’être illustré dans un classique de la commedia dell’arte, Charles-Étienne Beaulne fait dans l’humour grinçant et les questions existentielles avec Grace, sa première mise en scène professionnelle.

Une tragédie se trame entre les murs jaunes du condo où Sara et Steve viennent de s’installer. Si le couple de « Jesus freaks » a quitté le Minnesota pour la Floride, c’est parce que ce dernier a bien l’intention de s’enrichir grâce aux motels gospels qu’il veut établir partout aux États-Unis. « Une chaîne d’hôtels à l’image de Jésus » que financerait un investisseur suisse.

L’idée est révolutionnaire, mais le plan a ses failles. Le projet de Steve tourne au vinaigre et rapidement, le sol se dérobe sous ses pieds. Bien qu’il ait « la meilleure des intentions, rien ne va lui sourire. Il va essayer de se raccrocher, mais tout va s’effondrer », lance Charles-Étienne Beaulne, qui est tombé sous le charme de Grace lorsqu’elle a été jouée à Broadway, en 2012.

Chez le voisin Sam, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Ce génie de l’informatique qu’un accident de la route a laissé endeuillé et défiguré ne croit plus en rien. Il n’a de religieux que les sacres qu’il lâche lorsque la situation le dépasse. Pourtant, il remonte bien malgré lui à la surface grâce aux visites que lui rend Sara pour tromper son ennui.

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Perdre la foi

À première vue, Grace a tout d’américain. Un décor floridien, non dénué de Macbook et de cellulaires, où il est de coutume de « protéger son territoire » en se procurant une arme. Et surtout, cet engouement qu’ont nos voisins du Sud pour la religion.

Sur fond d’american dream et de prières, la pièce de Craig Wright entend « brasser un peu les rapports que les gens ont par rapport à la foi, pas nécessairement la foi catholique, mais la foi en général », évoque Charles-Étienne Beaulne.

Car si tous ne croient pas en Dieu ou aux étoiles, « on veut tous s’appuyer sur quelque chose », poursuit le metteur en scène. « Quand mes demandes sont plus grandes que nature, il faut que je m’appuie sur quelque chose d’autre », donne-t-il en exemple.

Alors que faire quand ces repères nous échappent et que le vertige nous prend ? C’est là le cœur de la plus récente proposition du Périscope, portée par les dialogues et l’humour grinçant du scénariste américain Craig Wright (Six Feet Under, Lost).

« Tout se passe dans les dialogues, dans la joute verbale que les personnages vont se livrer. Les conversations sont vraiment bien tissées », énonce le metteur en scène.

Sans compter les répliques un brin baveuses, comme cette fois où, visiblement fatigué d’entendre la musique chrétienne de Sara, Sam lui lance un « Coudonc, c’tu parce que vous êtes sourde que vous écoutez votre musique de petit Jésus aussi forte où c’est parce que vous voulez qu’il l’entende lui avec? »

Grace, présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 13 février 2016. Avec Nicolas Létourneau, Emmanuel Bédard, Joëlle Bourdon et Jacques Leblanc. La pièce est une collaboration du Théâtre des miettes dans la caboche et du Théâtre Dream Team.