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27/01/2016 06:10 EST | Actualisé 27/01/2017 00:12 EST

Au Pays basque, la gauche indépendantiste de plus en plus modérée

La gauche indépendantiste basque a opéré un tournant radical en renonçant à demander une négociation globale sur le sort des détenus de l'ETA et en reconnaissant les souffrances des victimes du terrorisme, s'éloignant des durs d'une organisation armée déjà moribonde.

Quatre ans après avoir renoncé à la violence, l'organisation armée à laquelle on attribue 829 morts au nom de sa lutte pour l'indépendance du Pays basque refuse de se dissoudre, exigeant une négociation globale sur ses détenus.

Mi janvier, s'est cependant jouée une évolution importante en marge d'un grand procès à Madrid de 35 militants indépendantistes dont la française Aurore Martin.

D'importants dirigeants indépendantistes accusés d'être d'anciens membres de la branche politique de l'ETA - tels Pernando Barrena et Juan Jose Petricorena - ont admis par écrit avoir mené une activité politique pour le compte du groupe figurant sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne.

Selon les termes d'un accord proposé par l'accusation, ils ont souhaité ainsi contribuer à "la réparation des victimes du terrorisme pour le tort et les souffrances qui leurs ont été causées", une première.

En échange de cette reconnaissance, les militants n'ont été condamnés qu'à des peines de deux ans maximum, avec la garantie de ne plus être incarcérés.

Par ailleurs, la veille de l'annonce de l'accord, un autre dirigeant historique du parti indépendantiste Sortu, Rufi Etxebarria, a recommandé de privilégier le recours aux voies légales pour permettre les libérations de prisonniers de l'ETA.

Un séisme pour la mouvance indépendantiste: Sortu rompt avec la tradition de solidarité entre prisonniers qui était pratiquée au nom de la recherche d'une amnistie globale.

"L'amnistie (...) est d'une importance vitale", écrivaient encore récemment une vingtaine d'ex-prisonniers dans un texte obtenu par l'AFP, estimant qu'elle est la clef "pour ouvrir la porte à une solution juste et définitive du conflit" au Pays basque.

L'accord judiciaire et l'annonce de Sortu "sont ce qu'il y a eu de plus important" depuis l'annonce par l'ETA de l'arrêt de la violence en octobre 2011, analyse le secrétaire pour la paix du gouvernement basque, Jonan Fernandez.

- Vider les prisons -

"C'est historique", assure aussi à l'AFP Javier Zaragoza, le chef du parquet de l'Audience nationale ayant supervisé l'accord pénal.

"Cette reconnaissance arrive très tard vu l'énorme douleur" des victimes, estime cependant Inaki Oyarzabal, sénateur et parlementaire basque du Parti populaire (droite) estimant que ce n'est "qu'un premier pas avant de nombreux autres".

Elle a en tous cas fait l'effet d'une bombe chez des familles de détenus de l'ETA, qui ont indiqué à l'AFP avoir la sensation d'avoir été trahies. Car certains prisonniers, qui pourraient déjà être en liberté conditionnelle, s'étaient interdit de demander des aménagements par solidarité.

"Nous sommes dans une étape politique où il s'agit de vider les prisons des personnes qui y sont pour des raisons politiques", argumente auprès de l'AFP Pernando Barrena, de Sortu.

Il espère que le changement pourra permettre la sortie en deux ans des deux tiers des quelque 500 prisonniers de l'ETA (dont une centaine en France), pour des activités "politiques" et non des crimes de sang.

Mais une telle évolution dépend aussi de la politique pénitentiaire en France et en Espagne. Or, une source judiciaire espagnole affirme que seule une centaine de prisonniers dans ce pays pourraient en profiter.

Dans un texte publié dans la revue basque Argia, les anciens prisonniers Sendoa Jurado et Ziorta Fernandez doutent aussi, estimant que la stratégie est "impossible à court terme" car les détenus devraient "se repentir et collaborer avec la justice espagnole en devenant une balance".

La nouvelle stratégie pourrait cependant être assortie de gestes forts, en lien avec le désarmement de l'ETA. "Une grande quantité d'armes et de munitions a été mise sous scellés", a annoncé David Pla au nom de l'ETA au site internet Mediabask.naiz.eus.

Le tout dans un contexte électoral particulier: la coalition de gauche indépendantiste EH Bildu n'est plus la première force municipale au Pays Basque après des élections en mai 2015. Et elle perd du terrain notamment au profit de la formation de gauche radicale Podemos.

Elle a devant elle des élections régionales prévues à l'automne. Et doit "réagir pour ne pas être enterrée", estime une source gouvernementale basque.

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