DIVERTISSEMENT
27/01/2016 03:37 EST | Actualisé 29/01/2016 11:18 EST

«Travaux manuels»: recueil de nouvelles érotiques dirigé par Stéphane Dompierre (et écrit à 32 mains)

Martine Doyon

Fort du succès critique et populaire des nouvelles érotiques de Nu, Stéphane Dompierre a une fois de plus rassemblé une quinzaine d’auteurs pour donner des érections à notre imaginaire, stimuler les zones érogènes de notre esprit et générer quelques chaleurs durant nos froides journées hivernales, avec le recueil Travaux Manuels aux éditions Québec Amérique.

L’un des buts premiers de cette nouvelle offrande coquine : surprendre. « J’ai fait appel à des auteurs que j’avais lus, certains que je connaissais, d’autres dont j’estimais simplement le travail. J’étais curieux de voir ce qu’ils pourraient apporter à la littérature érotique, un genre peu kitch d’emblée et souvent mal écrit. Pour la plupart d’entre eux, c’était une occasion de se redéfinir par rapport à leur genre et d’expérimenter autre chose, sans avoir à tenir sur 200 pages comme dans un roman. »

Ainsi, Alexandre Soublière élabore jusqu’où peuvent mener l’anxiété et la jalousie d’un homme face à sa copine. Dany Leclair met en mots un fantasme d’adolescent impliquant un camelot et une cliente bien spéciale. Isabelle Laflèche suit une workaholic lors d’une soirée de détente dans un hôtel faisant honneur aux péchés capitaux. Mathieu Handfield imagine comment un astronaute gère son manque de sexe dans l’espace. Simon Boulerice partage le résultat de ses techniques de drague pathétiques. Stéphane Boulay évoque les surprises, bonnes et moins bonnes, réservées aux filles qui voyagent seules.

On remarque tout particulièrement le style de Michel-Olivier Gasse, dont l’histoire de tease, de masturbation et de coït en mouvement changera à jamais votre vision de l’autoroute 20; la plume toujours aussi libérée de Caroline Allard, qui a imaginé une protagoniste assoiffée de tabous sexuels à abattre; le manifeste de Geneviève Janelle sur les mauvais baiseurs et sa déclaration d’amour à l’amant parfait, capable de dégeler son sexe; le talent avec lequel Mélikah Abdelmoumen joue avec un fantasme à travers les âges d’un même personnage, foncièrement fasciné par Marilyn Manson. Sans oublier celle de Dompierre lui-même, dont on reparlera plus loin.

Comme un show rock

Parfaitement conscient que l’unité de ton est impossible à maintenir dans un recueil aux plumes si diverses, le directeur du projet n’a pas du tout cherché à diriger les auteurs dans l’élaboration de leurs histoires. « Même si je n’avais pris que des auteurs de la génération Y pour écrire de la littérature érotique, il y en aurait eu quelques-uns qui auraient travaillé hors du ton général. C’est inévitable. »

Selon lui, l’élément le plus important dans un tel recueil est d’assurer un ordre cohérent et efficace. Comme dans un spectacle rock.

« Même si un recueil de nouvelles érotiques n’est pas fait pour être lu d’un seul coup, on pense aussi à ceux qui le lisent d’une traite en s’assurant que le premier texte donne le ton et que chaque nouvelle soit mise en valeur. Si on plongeait dans un ton très sérieux après s’être dilaté la rate, c’est comme si on disait qu’on revenait aux choses sérieuses et que le texte drôle n’était pas vraiment à la hauteur. Et si on plaçait du burlesque après une histoire très dure, on couperait les lecteurs de leurs émotions. La clé est de bien identifier les émotions de la fin d’une nouvelle et celles de la prochaine. »

En débutant son « spectacle » littéraire avec la nouvelle de Michel-Olivier Gasse, pulsive et puissante, Stéphane Dompierre offre une mise en bouche parfaite aux lecteurs, qui concluent la traversée érotique avec son propre texte. Une nouvelle écrite au « tu », qu’on peut résumer comme un incitatif à la masturbation féminine et à beaucoup plus…

« Je voulais vérifier comment mon narrateur pouvait être le plus près possible du personnage et du lecteur à la fois. Mais écrire au “tu” est un exercice de style qui peut être dangereux. Le ton directif, parfois accusateur, peut énerver les lecteurs. Certaines personnes lisent pour s’oublier et ne veulent pas se faire parler comme ça. Mais je crois que ça fonctionne bien dans une nouvelle. »

L’érotisme d’abord?

À ses yeux, les textes de Travaux manuels devaient d’abord être des nouvelles solides et surprenantes, peu importe leur degré d’érotisme. « Je ne me suis jamais questionné à savoir si une nouvelle émoustillait suffisamment. Au-delà de l’érotisme, je me concentrais sur le texte lui-même, sa structure, sa capacité à faire comprendre rapidement une situation et ses rebondissements. J’ai rarement dit à un auteur de mettre plus de sexe dans son texte. Parce que de toute façon, chacun a sa sensibilité. Certaines nouvelles légères vont choquer des lecteurs et des plus hard core vont en laisser d’autres indifférents. »

Bien qu’il soit habitué d’écrire sur le sexe dans ses romans, Dompierre a ressenti une pression supplémentaire en travaillant sur la sienne. « Quand tu deviens éditeur, tu analyses, tu critiques et tu pousses les auteurs à se dépasser, alors tu ne peux pas te laisser aller dans ta propre nouvelle. Si mes romans ou mes nouvelles sont mal torchés, les écrivains n’auront pas envie de travailler avec moi au niveau éditorial. Je dois être à la hauteur! »

Le recueil Travaux Manuels est présentement en librairies.

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