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25/01/2016 03:50 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Suspens en Libye avant le vote du parlement sur le gouvernement d'union

Le parlement libyen reconnu par la communauté internationale se réunit lundi pour voter la confiance au gouvernement d'union, premier pas prévu dans l'accord parrainé par l'ONU pour mettre fin au chaos régnant dans le pays.

De nombreux parlementaires ont exprimé leur optimisme ces derniers jours mais l'issue du vote reste très incertaine.

"Il est trop tôt pour faire des pronostics sur le vote d'aujourd'hui", a déclaré à l'AFP le député Bader Najib. "Rien n'est clair à ce stade", a-t-il résumé, en soulignant les divisions persistantes entre députés.

L'issue de la séance dépend de deux facteurs importants: l'obtention du quorum et l'entérinement de l'accord politique signé en décembre sous l'égide de l'ONU mais contesté par de nombreux responsables.

Situé à Tobrouk, une ville excentrée dans l'est du pays, le parlement commençait à se remplir en début d'après-midi, selon des députés déjà sur place.

Il faut que les élus soient au moins 89, soit plus que la moitié des 176 députés, pour que puisse s'ouvrir la séance, a indiqué un responsable du parlement. Mais l'approbation de l'accord politique et le vote de confiance requièrent la majorité des deux tiers plus un, soit 119 députés.

"La grande difficulté sera de faire accepter l'accord" conclu, après des mois de discussions, le 17 décembre à Skhirat (Maroc), a indiqué le parlementaire Fahmi Touati. "Une soixantaine de députés sont susceptibles de s'y opposer mais nous continuons à dialoguer avec eux".

Le président du parlement, Aguila Saleh, a publiquement critiqué cet accord, tout comme le controversé général Khalifa Haftar, commandant des forces loyales au pouvoir reconnu.

Il est également contesté au sein des autorités rivales, celles du Congrès général national (CGN), le parlement non reconnu par la communauté internationale, installé depuis un an et demi à Tripoli. Son président, Nouri Abou Sahmein, a pris position contre lui.

Selon M. Touati, les critiques des députés de Tobrouk se focalisent sur un article qui veut que tous les postes éminents des institutions militaires et sécuritaires soient approuvés par lui, ce qui pose un risque pour le général Haftar, qui perdrait ainsi son poste et pourrait ne pas retrouver ses fonctions.

- Trois gouvernements -

Il existe aujourd'hui de facto trois autorités en Libye, et donc trois sceaux différents sur les communiqués publiés par les différentes autorités: "Gouvernement libyen provisoire", "Gouvernement de salut national" et "Gouvernement d'union nationale".

Ce troisième gouvernement, formé le 19 janvier, se résume pour l'instant à un 'conseil présidentiel' qui travaille depuis Tunis. Il est dirigé par l'homme d'affaires tripolitain Fayez el-Sarraj et compte 32 ministres, censés représenter les différentes régions et parties de ce pays éclaté.

Ce gouvernement d'union est censé siéger dans la capitale Tripoli. Mais cela semble bien improbable tant que le CGN et son 'gouvernement de salut national' contestent son existence, appuyés par Fajr Libya, une coalition de milices dont certaines islamistes.

S'il est approuvé lundi par le parlement de Tobrouk, ses seules alternatives seraient de succéder au gouvernement provisoire d'Abdallah el-Theni à Baïda, une ville de l'est proche de Benghazi, ou l'exil.

Les tentatives pour apaiser les rivalités libyennes et stabiliser ce pays riche en pétrole ont jusqu'à présent échoué. Mais la communauté internationale a accru ses pressions ces derniers mois, très inquiète de la montée en puissance de l'organisation Etat islamique (EI) et de l'afflux de migrants rejoignant l'Europe depuis les côtes libyennes.

L'EI tente depuis plusieurs semaines une percée vers l'est depuis son bastion de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli, pour atteindre la zone du "Croissant pétrolier" où sont situés les principaux terminaux pétroliers. Le groupe jihadiste compterait environ 3.000 combattants en Libye selon Paris.

Le Premier ministre désigné Fayez el-Sarraj est arrivé lundi à Alger pour discuter de l'évolution de la situation dans son pays, qui préoccupe beaucoup ses voisins comme l'Egypte et la Tunisie.

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