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25/01/2016 08:02 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Québecor et les paradis fiscaux : « C'est ma parole contre celle de Radio-Canada », dit Péladeau

Dans une entrevue au 98,5 FM lundi, Pierre Karl Péladeau maintient qu'il n'a « jamais créé de sociétés dans des paradis fiscaux » lorsqu'il était PDG de Québecor et de Québecor Media. Le chef péquiste admet toutefois que Québecor a hérité de telles sociétés en raison d'acquisitions et ne peut assurer qu'elles n'ont jamais servi à des fins d'évitement fiscal.

L'entrevue accordée par le chef péquiste à Paul Arcand est survenue dans la foulée de révélations de l'émission Enquête selon lesquelles plusieurs compagnies ou succursales qui semblent avoir un lien avec l'entreprise québécoise auraient été actives dans une dizaine de paradis fiscaux, et notamment lors de la période durant laquelle M. Péladeau présidait les destinées de Québécor.

Selon le Registre des entreprises de la Barbade, « Le Groupe Videotron Ltee » a été créé en 1996, alors que la famille Chagnon était encore propriétaire de Vidéotron, et serait toujours actif. Du côté des Îles Caïmans, Enquête a trouvé un « Quebecor LTD » créé en 2006 et un « TCG Videotron Cayman Ltd » créé en 2000, mais qui semblait toujours actif en 2011.

Rien ne permet de conclure à de l'évasion fiscale, une pratique frauduleuse, concluait le reportage d'Enquête. On aurait plutôt affaire à de l'évitement fiscal, selon les spécialistes consultés. Il s'agit d'une forme de planification fiscale pratiquée par les multinationales afin de réduire leur facture d'impôt. Une pratique légale, mais de plus en plus décriée.

« Je n'ai pas créé d'entreprises qui sont situées dans ces territoires, qui sont plus ou moins qualifiés de paradis fiscaux », a assuré le chef péquiste, au sujet de ses années comme PDG de Québecor. « Est-ce que Québecor a fait l'acquisition d'entreprises qui elles, éventuellement, allaient avoir des filiales dans des paradis fiscaux? Oui. Je m'en suis rendu compte récemment. »

Commentant vraisemblablement le cas de « Le Groupe Videotron Ltee » et de « TCG Videotron Cayman Ltd », M. Péladeau affirme qu'elles ont été créées par la famille Chagnon, avant que Québecor n'achète Vidéotron à la fin de l'année 2000. « On ne peut pas m'accuser de les avoir créées, et c'est ce que Radio-Canada fait ». affirme M. Péladeau.

M. Péladeau n'a pas voulu dire s'il entendait poursuivre Radio-Canada. « On va voir un petit peu ce qu'ils disent, mais il y a de graves accusations qui sont faites. Ils disent que j'ai créé des sociétés et ils n'arrivent pas avec la preuve nécessaire pour faire justement que leur prétention soit exacte. »

« Il y aura probablement d'autres choses pendant la semaine. Et on verra jeudi ce que le reportage de Radio-Canada donnera. Ils ont comme accéléré, ils se sont fait scooper par La Presse vendredi. Donc, un autre pétard mouillé », a-t-il conclu en reprenant l'expression qu'il avait utilisée en début de journée en commentant la nouvelle sur sa page Facebook.

Cette réponse réfèrait à un courriel du 6 octobre dans lequel sa directrice des communications explique à la journaliste Madeleine Roy d'Enquête que M. Péladeau a décidé de décliner sa demande d'entrevue.

Lorsque M. Arcand lui a demandé si Québecor avait tout de même utilisé ces structures, M. Péladeau s'est montré prudent. « Là, faudrait que vous demandiez à Québecor. Moi, je n'en ai pas de connaissance personnelle. Moi, je n'ai jamais donné d'instructions pour que nous utilisions ces entreprises. Au contraire, j'ai donné des instructions pour ne pas en créer. »

L'ex-PDG de Québecor ajoute qu'il n'a non plus pas donné d'instructions pour que ces sociétés soient fermées. « Non, parce que je n'en avais pas nécessairement la connaissance qu'elles existaient », s'est-il défendu, en faisant valoir que Vidéotron avait vraisemblablement une structure « complexe ».

M. Péladeau n'a d'ailleurs pas pu garantir que Québecor n'a jamais fait d'évitement fiscal. « Effectivement, je ne peux pas vous donner la garantie. Je ne peux pas vous dire ça, je ne le sais pas », a-t-il fait valoir.

De manière plus générale, Pierre Karl Péladeau plaide que toutes les questions concernant des stratégies d'évitement fiscal n'étaient pas au goût du jour il y a une quinzaine d'années. 

« Faut se replacer dans le contexte. Nous sommes en 2016. Honnêtement, en 2004, ou dans les années 2000, toutes les problématiques que nous vivons aujourd'hui - l'évitement fiscal, tel que vous venez de le mentionner avec Apple, quand on parke des centaines de milliards en cache dans des paradis fiscaux - cette problématique-là, cette dynamique là n'existait pas à l'époque. On n'est même pas certain qu'il y avait à ce moment une problématique morale ou éthique qui était soulevée », a-t-il plaidé.