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25/01/2016 04:35 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Migrants: l'UE assure qu'elle versera bientôt les 3 milliards d'euros promis à la Turquie

L'Union européenne (UE) s'est efforcée lundi d'apaiser la grogne de la Turquie qui s'inquiète du retard pris par le volet financier de l'accord sur les migrants, assurant que les 3 milliards d'euros promis seraient versés à Ankara "dans un délai raisonnable".

Lors d'une visite à Ankara, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a indiqué que les discussions sur cette enveloppe étaient toujours "en cours", mais a minimisé les informations faisant état de divergences sur leur utilisation.

"Je suis confiante sur le fait que l'argent promis sera là dans un délai raisonnable", a déclaré Mme Mogherini devant la presse.

La responsable européenne a par ailleurs appelé à l'arrêt immédiat des combats qui opposent les forces de sécurité turques aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est à dominante kurde de la Turquie.

Ankara et Bruxelles ont signé fin novembre un "plan d'action" qui prévoit une aide européenne de 3 milliards d'euros aux autorités turques en échange de leur engagement à mieux contrôler leurs frontières et à lutter contre les passeurs.

Mais le contrôle de l'argent promis par l'UE suscite des tensions.

"Ce n'est pas de l'argent de poche, c'est de l'argent destiné aux projets", a insisté Mme Mogherini, "ce n'est pas de l'argent qui ira dans les mains du gouvernement turc, c'est de l'argent destiné aux projets pour les réfugiés".

De son côté, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a encore une fois regretté la lenteur du versement des fonds. "Nous ne le prenons pas personnellement, c'est une décision interne de l'UE. Mais le moindre retard affecte la vie quotidienne des réfugiés, leur scolarisation et leur situation médicale", a-t-il lancé.

La Turquie, qui souligne qu'elle reçoit à elle seule 2,2 millions de réfugiés syriens, critique depuis des mois la lenteur avec laquelle l'UE a réagi à la crise, et ne manque pas de rappeler qu'elle a déjà dépensé 10 milliards de dollars pour leur accueil.

- 'Accord pleinement appliqué' -

Les Européens ont en retour rappelé lundi les Turcs à leurs engagements de contenir le flot des migrants, qu'ils jugent trop élevé. "L'essentiel pour nous est que l'accord que nous avons conclu soit pleinement appliqué", a souligné Mme Mogherini.

Malgré cet accord, des milliers de migrants continuant chaque jour à tenter la traversée périlleuse entre les côtes turques et les îles grecques, malgré la météo hivernale.

Depuis le début de l'année, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a déjà dénombré 36.000 arrivées en Grèce, après les plus de 850.000 enregistrées en 2015.

Lui aussi en visite à Ankara, le commissaire européen à l'élargissement, Johannes Hahn, s'est toutefois félicité de la récente décision d'Ankara d'accorder des permis de travail aux réfugiés syriens, saluant "un pas significatif et important".

Bruxelles, qui a accepté dans le cadre de cet accord de relancer les discussions d'adhésion de la Turquie à l'UE, a par ailleurs appelé à la fin des combats dans le conflit kurde.

"Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat dans le sud-est et condamnons fermement toutes les formes de terrorisme", a dit Mme Mogherini.

Après deux ans de paix relative, la guerre fait à nouveau rage depuis l'été dans le sud-est turc entre les forces de sécurité et le PKK, inscrit sur la liste des organisations terroristes par l'UE et les Etats-Unis.

Ces affrontements ont fait de nombreuses victimes dans les deux camps, ainsi que des dizaines de victimes civiles selon les ONG.

M. Hahn a plaidé pour une reprise rapide des pourparlers de paix entre le gouvernement turc et le PKK, interrompus depuis l'été, et a dit que l'UE était prête à y contribuer.

Le ministre turc des Affaires européennes Volkan Bozkir a sèchement répondu à ses invités qu'"en tant que pays souverain, la Turquie continuera son combat contre toutes les organisations terroristes, y compris le PKK, qui menacent sa sécurité nationale".

Samedi, le vice-président américain Joe Biden avait apporté à la Turquie son soutien à la lutte contre le PKK plaidant cependant lui aussi pour le retour de la paix.

BA/pa/lpt