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25/01/2016 07:13 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Le président iranien Rohani en Italie, les entreprises mobilisées

Le président iranien Hassan Rohani est arrivé lundi en Italie pour sa première visite officielle en Europe, axée en grande partie sur l'économie, alors que de nombreuses entreprises européennes cherchent à revenir ou s'implanter en Iran après la levée des sanctions.

Selon une source proche du milieu des affaires, des contrats d'un montant de 15 à 17 milliards d'euros doivent être signés lundi soir dans la capitale italienne.

"Atterri à Rome. Impatient de renforcer les liens bilatéraux et d'explorer les opportunités pour un engagement constructif", a tweeté M. Rohani à la mi-journée.

Reçu pour un déjeuner de travail par son homologue italien, Sergio Mattarella, avant une rencontre et un dîner avec le chef du gouvernement Matteo Renzi, le président iranien doit aussi s'entretenir mardi matin avec le pape.

Selon la presse locale, les Italiens ont accédé à la demande des Iraniens de ne pas mettre d'alcool sur la table. Lors de la suite de son voyage mercredi en France, M. Rohani n'a en revanche aucun repas de travail prévu avec les autorités.

Mardi matin, M. Rohani doit aussi s'exprimer devant un forum économique Italie/Iran, un rendez-vous très attendu par les industriels italiens.

Tous les Européens cherchent en effet à placer leurs pions pour tenter de reconquérir le terrain perdu au profit de la Russie et des pays émergents comme la Chine et la Turquie.

Dans leur course aux contrats, ils sont avantagés par rapport aux Américains, qui restent handicapés par des sanctions dans le secteur pétrolier contre toute entreprise soupçonnée de financer le terrorisme.

"L'Italie était le premier partenaire économique et commercial de l'Iran avant les sanctions", et entend retrouver cette place, avait souligné il y a quelques mois la ministre italienne du Développement économique, Federica Guidi

Avant l'entrée en vigueur des sanctions, les échanges entre l'Italie et l'Iran s'élevaient à 7 milliards d'euros par an. Ils sont actuellement de quelque 1,6 milliard, dont 1,2 milliard d'exportations italiennes.

- Course aux contrats -

Dans la course aux contrats, l'avionneur européen Airbus a été le plus rapide: l'Iran va lui acheter 114 appareils. M. Rohani doit signer cet accord mercredi.

Il s'agit de la première annonce commerciale d'envergure depuis la levée des sanctions, le 16 janvier, avec l'entrée en vigueur de l'accord historique sur le nucléaire.

A Rome, lundi soir, une douzaine de contrats doivent être signés. Parmi les entreprises concernées: la société d'exploration et d'ingénierie pétrolière Saipem, le groupe Danieli, spécialiste de la construction d'usines sidérurgiques, ou encore la société de construction navale Fincantieri.

Signe de l'intérêt des entrepreneurs italiens pour le marché iranien, quelque 500 d'entre eux sont attendus au forum économique mardi matin.

Fin novembre, une très grande délégation économique s'était rendue à Téhéran, où les secteurs de l'infrastructure et de l'énergie sont apparus comme les plus prometteurs, selon le ministère.

Le géant de l'énergie Enel a ainsi expliqué à l'AFP prospecter sur les opportunités dans le secteur des énergies renouvelables. Et le groupe de BTP Pessina Costruzioni a d'ores et déjà annoncé un accord pour la construction de cinq hôpitaux, dont trois à Téhéran.

Même de petites entreprises sont sur les rangs. Car, après des années d'isolement, le marché iranien, fort de ses 79 millions d'habitants, offre des perspectives considérables: modernisation des infrastructures, exploitation du gaz et du pétrole, automobile et aéronautique...

Pour accompagner cette reprise des échanges, la compagnie Alitalia a annoncé lundi que ses vols entre Rome et Téhéran deviendraient quotidiens à partir de fin mars.

Ce nouveau climat inquiète cependant les opposants à la peine de mort, un sujet sur lequel l'Italie est d'ordinaire en pointe. Une manifestation est prévue mardi pour rappeler que l'Iran a exécuté, selon l'ONU, au moins 700 condamnés en 2015.

Le sujet pourrait être aussi abordé au Vatican, même si le Saint-Siège se félicite du ton plus modéré de la République islamique depuis l'élection de M. Rohani.

Le pape François devrait évoquer avec lui le rôle de stabilisation que l'Iran peut jouer au Moyen-Orient, en le dissuadant de faire monter les tensions avec Ryad et en l'incitant à faire pression sur le camp du président Bachar al-Assad en Syrie.

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