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25/01/2016 09:12 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Il a tiré "sans raison": procès à New York d'un policier ayant tué un père de famille noir

Il a tiré "sans raison", ignorant tous les règlements et sa victime agonisante : les procureurs ont éreinté lundi un jeune policier, jugé à New York pour avoir tué un père de famille noir non armé dans une cage d'escalier HLM en novembre 2014.

Le procès de Peter Liang, 28 ans, inculpé notamment d'homicide involontaire sur la personne d'Akai Gurley, s'est ouvert devant une salle comble, au tribunal de Brooklyn. Cravate violette et costume sombre, l'accusé, qui comparaît libre, n'a montré aucune émotion, assis à côtés de ses avocats.

La mort d'Akai Gurley à Brooklyn était venue s'ajouter à celles de plusieurs noirs non armés, tués par la police aux Etats-Unis, ravivant les tensions raciales et suscitant de nombreuses manifestations.

Le 20 novembre 2014, Peter Liang, qui avait commencé 11 mois plus tôt comme policier, était chargé de patrouiller avec un collègue dans la cité HLM Louis H. Pink Houses de Brooklyn. Après avoir inspecté le toit d'un immeuble, il avait emprunté la cage d'escalier au 8e étage pour redescendre, vers 23H00.

La lumière ne fonctionnait pas et il faisait très sombre, le jeune policier avait sorti sa lampe de poche d'une main et son arme de l'autre. Au même moment, l'ascenseur n'arrivant pas, Akai Gurley, 28 ans, avait commencé à descendre les escaliers au 7e étage avec une amie. Peter Liang avait tiré.

"Il a tiré sans raison", a tonné lundi le procureur Marc Fliedner lors de sa déclaration d'ouverture. Et après, "il a perdu un temps précieux", s'inquiétant, a dit le procureur, d'"être renvoyé de la police". Il n'a pas appelé son supérieur. Il n'a pas appelé les secours. Il n'avait pas à avoir le doigt sur la gâchette, a souligné le procureur, rappelant les règlements de la police de New York.

Akai Gurley, 28 ans, père d'une petite fille, s'effondrera deux étages plus bas, après avoir été atteint d'une balle en pleine poitrine. Selon le procureur, la balle a ricoché sur le mur, avant de le transpercer.

"Ils avaient absolument le droit d'être là. Ils ne faisaient absolument rien de mal", a insisté le procureur à propos d'Akai Gurley et de son amie Melissa Butler, ajoutant que le rôle des policiers était de protéger la population.

Melissa Butler en larmes, frappe aux portes, cherche de l'aide. Une voisine, Melissa Lopez, appelle la police.

- Policiers invisibles -

Les deux policiers sont alors "invisibles", a déclaré le procureur. Et quand finalement ils descendent du 8e étage, Peter Liang "contourne" sa victime qui gît au sol, au lieu de s'agenouiller pour voir s'il peut aider, a ajouté le procureur, mettant genou à terre pour être plus dramatique.

Melissa Lopez a témoigné que Melissa Butler, qui n'était pas formée, avait en vain essayé de pratiquer la respiration artificielle. L'appel de Mme Lopez à la police a été diffusé à l'audience. On y entend Melissa Butler crier "Il ne respire plus".

Peter Liang, d'origine chinoise, a plaidé non coupable et risque jusqu'à 15 ans de prison.

Il est extrêmement rare aux Etats-Unis qu'un policier soit jugé pour avoir tué quelqu'un dans l'exercice de ses fonctions.

"Je l'ai tué par accident", avait-il indiqué à un supérieur, Vitaliy Zelikov, arrivé sur place.

Son avocate Rae Koshetz, a insisté lundi sur le fait que c'était "un accident". Elle a décrit un jeune policier tellement choqué qu'il était "incapable de communiquer" après le drame.

Ce procès "n'est pas un référendum sur la police aux Etats-Unis", a-t-elle aussi insisté, voulant le dissocier des autres bavures policières, qui avaient suscité en 2014 et 2015 de nombreuses manifestations aux Etats-Unis.

Le jury de 12 personnes est composé de sept femmes et cinq hommes. Un seul juré est Africain-américain.

Le procès devrait durer de trois à quatre semaines.

Peter Liang est inculpé d'homicide involontaire, homicide par négligence, agression, mise en danger d'autrui par négligence et deux chefs de faute professionnelle, pour n'avoir pas aidé sa victime après le drame.

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