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25/01/2016 09:05 EST | Actualisé 25/01/2017 00:12 EST

Canada: le mal-être autochtone au coeur de la fusillade de La Loche

Un lycéen de 17 ans devait être formellement inculpé lundi du meurtre de deux frères adolescents et deux jeunes enseignants à La Loche, une réserve amérindienne isolée de la Saskatchewan (centre), rongée par la pauvreté et la perte de repères et d'identité de ses habitants.

Ce drame a traumatisé les 3.000 habitants de la petite bourgade de La Loche, une des plus pauvres de la province de la Saskatchewan, dans les plaines du centre du Canada.

L'onde de choc s'est propagée à tout le Canada plus habitué à voir à la télévision ce type de tuerie comme une tragique habitude chez son voisin américain au Sud.

Vendredi ce jeune lycéen, armé d'une carabine de chasse, a tué deux frères de 13 et 17 ans à leur domicile avant d'aller décharger son arme dans l'enceinte de son lycée où deux enseignants de 21 et 35 ans ont été abattus et sept autres personnes blessées gravement.

Dans cette localité à 800 km au Nord de Regina, la capitale de la Saskatchewan, tous les responsables s'accordaient à parler d'un traumatisme de trop et le Premier ministre de la province Brad Wall a immédiatement promis de l'aide.

Le maire Kevin Janvier et la députée de la région Georgina Joliebois veulent d'abord détruire l'école symbole de la douleur de la collectivité amérindienne.

"Nous sommes blessés et le resterons pour les mois à venir", a convenu le maire en soulignant que le bourg est maintenant, par cette tragédie, "connu à travers le monde".

"A cause du traumatisme, il faut détruire l'école (...) je veux que cette école soit reconstruite", a demandé Kevin Janvier.

La violence et les problèmes sociaux ont une longue tradition dans cette communauté, tout en bas dans l'échelle des bilans sur le bien être canadien.

Dans une région où l'on vante le faible taux de chômage (5,5% de la population active, 7,1% pour le Canada), la région de La Loche est particulièrement touchée: pratiquement une personne sur deux en âge de travailler est sans emploi.

Une fois sortis de la scolarité, sans ouverture immédiate pour des études supérieures loin de leur communauté, les jeunes autochtones sont désoeuvrés. Et avec la chute des prix du pétrole, le bassin d'emplois de Fort McMurray dans la province voisine de l'Alberta s'est tari.

- Trois fois plus de suicides -

Dominic LeBlanc, ministre des Relations avec le Parlement, a attiré l'attention dimanche sur les conditions de vie de ces communautés en assurant que le gouvernement allait s'engager "comme aucun gouvernement ne l'a fait depuis une génération avec les Premières nations".

Le travail est de taille face à "des indicateurs économiques et sociaux alarmants et tragiques dans beaucoup de ces collectivités", a souligné ce bras droit du Premier ministre Justin Trudeau.

De fait les conditions sociales à La Loche, où vivent à la lisière de l'Arctique en grande majorité des autochtones du peuple Chipewyans, sont inquiétantes. Si l'espérance de vie en Saskatchewan est inférieure à la moyenne canadienne, le taux de criminalité y est deux fois plus élevé particulièrement pour les homicides ou les agressions sexuelles, selon l'institut de la statistique canadien.

Dans la grande région de La Loche, les taux de suicides sont trois fois plus importants que dans le reste de la province, thermomètre du mal-être de ces populations.

Les disparités entre les Premières nations et le reste des habitants sont enracinées depuis des décennies et l'été dernier le Comité des droits de l'homme de l'ONU avait enjoint l'Etat canadien, en concertation avec les populations amérindiennes, de renforcer les politiques pour leur "fournir les besoins essentiels (...) les services de soins aux familles et aux enfants".

Juste après son élection, Justin Trudeau a promis de ratifier la déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones que le Canada n'a toujours pas fait comme trois autres pays (Australie, Nouvelle-Zélande et Etats-Unis).

Un signe important a été donné le mois dernier aux Premières nations avec l'ouverture d'une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada, soit 1.200 cas répertoriés sur les 30 dernières années.

mbr/sab/vog